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		<title><![CDATA[Sonett-Forum - Silvestre, Armand]]></title>
		<link>https://sonett-archiv.com/forum/</link>
		<description><![CDATA[Sonett-Forum - https://sonett-archiv.com/forum]]></description>
		<pubDate>Fri, 01 May 2026 00:03:30 +0000</pubDate>
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		<item>
			<title><![CDATA[SOUVENIR DES GIRONDINS]]></title>
			<link>https://sonett-archiv.com/forum/showthread.php?tid=10166</link>
			<pubDate>Wed, 24 Nov 2010 10:50:52 +0000</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="https://sonett-archiv.com/forum/member.php?action=profile&uid=1">ZaunköniG</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">https://sonett-archiv.com/forum/showthread.php?tid=10166</guid>
			<description><![CDATA[SOUVENIR DES GIRONDINS<br />
<br />
<br />
<br />
Les Titans sont tombés : — dans l’air silencieux<br />
Leur sang pur monte encore, &amp;, comme une fumée,<br />
Emporte dans les cieux leur âme consumée<br />
Des rêves éternels qu’ils avaient pris aux cieux.<br />
<br />
La terre, maternelle aux cœurs audacieux,<br />
Sur ses enfants meurtris lentement s’est fermée ;<br />
Mais, pour longtemps tari, son flanc capricieux<br />
Tira de leur semence une race pygmée,<br />
<br />
Du corps de ces lions un peuple de fourmis.<br />
Et nous n’osons nommer nos pères endormis,<br />
Plus près d’être des dieux que nous d’être des hommes !<br />
<br />
Et nous traînons si bas leur souvenir puissant,<br />
Qu’à nous voir le porter, on ne sait si nous sommes<br />
Les vers de leurs tombeaux ou les fils de leur sang.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[SOUVENIR DES GIRONDINS<br />
<br />
<br />
<br />
Les Titans sont tombés : — dans l’air silencieux<br />
Leur sang pur monte encore, &amp;, comme une fumée,<br />
Emporte dans les cieux leur âme consumée<br />
Des rêves éternels qu’ils avaient pris aux cieux.<br />
<br />
La terre, maternelle aux cœurs audacieux,<br />
Sur ses enfants meurtris lentement s’est fermée ;<br />
Mais, pour longtemps tari, son flanc capricieux<br />
Tira de leur semence une race pygmée,<br />
<br />
Du corps de ces lions un peuple de fourmis.<br />
Et nous n’osons nommer nos pères endormis,<br />
Plus près d’être des dieux que nous d’être des hommes !<br />
<br />
Et nous traînons si bas leur souvenir puissant,<br />
Qu’à nous voir le porter, on ne sait si nous sommes<br />
Les vers de leurs tombeaux ou les fils de leur sang.]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[Nouveaux sonnets païens (5)]]></title>
			<link>https://sonett-archiv.com/forum/showthread.php?tid=10165</link>
			<pubDate>Wed, 24 Nov 2010 10:50:24 +0000</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="https://sonett-archiv.com/forum/member.php?action=profile&uid=1">ZaunköniG</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">https://sonett-archiv.com/forum/showthread.php?tid=10165</guid>
			<description><![CDATA[Nouveaux sonnets païens<br />
<br />
<br />
<br />
I<br />
<br />
Refleuris sous mon front, ô fleur de volupté,<br />
Fleur du rêve païen, fleur vivante et charnelle,<br />
Corps féminin qu'aux jours de l'Olympe enchanté<br />
Un cygne enveloppa des blancheurs de son aile.<br />
<br />
L'amour des Cieux a fait chaste ta nudité :<br />
Sous tes contours sacrés la fange maternelle<br />
Revêt la dignité d'une chose éternelle<br />
Et, pour vivre a jamais, s'enferme en la Beauté.<br />
<br />
C'est toi l'impérissable, en ta splendeur altière,<br />
Moule auguste où l'empreinte ennoblit la matière,<br />
Où le marbre fait chair se façonne au baiser :<br />
<br />
Car un Dieu, t'arrachant à la chaîne fragile<br />
Des formes que la Mort ne cesse de briser,<br />
A pétri dans tes flancs la gloire de l'argile !<br />
<br />
<br />
II<br />
<br />
De ta face immortelle et de ton noble buste<br />
Mes mains ont affronté les contours radieux,<br />
Quand, fervent et tout plein de l'image des Dieux,<br />
J'ai moulé sur ton corps leur souvenir auguste ;<br />
<br />
Et, sous l'enchantement de ta beauté robuste,<br />
J'ai touché de ma lèvre, ivre et fermant les yeux,<br />
Ta lèvre aux feux sacrés, vase religieux<br />
Où le sang de nos cœurs, comme un rubis, s'incruste.<br />
<br />
Je ne tenterai plus l'inutile tourment<br />
De ton amour, ô Femme, et je veux seulement,<br />
Jaloux de ta splendeur, craintif du sacrilège,<br />
<br />
Ceindre très-humblement, de mes bras prosternés,<br />
Tes pieds, tes beaux pieds nus, frileux comme la neige<br />
Et pareils à deux lys jusqu'au sol inclinés.<br />
<br />
<br />
III<br />
<br />
N'espère pas que tu l'apaises,<br />
Le désir qui brûle mes reins :<br />
Je fuis les bras dont tu m'étreins<br />
Et la bouche dont tu me baises.<br />
<br />
Les serpents jetés aux fournaises<br />
Des lourds trépieds pythoniens,<br />
En des tourments pareils aux miens,<br />
Se tordaient, vivants, sur les braises.<br />
<br />
Je suis comme un cerf aux abois<br />
Qui, par la plaine et par les bois,<br />
Emporte, en bramant, ses blessures.<br />
<br />
Tourne vers moi tes yeux ardents :<br />
Ouvre ta lèvre, — à moi tes dents !<br />
— Plus de baisers, mais des morsures.<br />
<br />
<br />
IV<br />
<br />
Souvent, — et j'en frémis, — quand sur ta lèvre infâme<br />
J'ai bu, dans un sanglot, d'amères voluptés,<br />
Alors qu'une détresse immense prend mon âme,<br />
O toi pour qui je meurs, tu dors à mes côtés !<br />
<br />
L'ombre épaisse envahit tes sereines beautés<br />
Et jusque sous tes cils éteint tes yeux de flamme ;<br />
Ton souffle égal et lent fait comme un bruit de rame :<br />
— C'est ton rêve qui fuit vers des bords enchantés.<br />
<br />
Repose sans remords, ô cruelle maîtresse !<br />
Ignore dans mes bras les pleurs de ma caresse,<br />
Car tu n'es pas ma sœur, cœur à peine vivant !<br />
<br />
Mais quand la nuit a clos tes paupières meurtries,<br />
Quelle pitié des cieux pour les choses flétries<br />
Te rend, sous mes baisers, le sommeil d'un enfant ?<br />
<br />
<br />
V<br />
<br />
Que ne suis-je le rêve où ton âme me fuit,<br />
Quand l'haleine de fleur dont ta bouche est baisée<br />
Se berce au rhythme lent de ta gorge apaisée,<br />
Dans la tranquillité profonde de la nuit !<br />
<br />
Que ne suis-je le rêve où ma douleur te suit<br />
D'un souffle haletant et d'une aile brisée,<br />
Sans entrevoir jamais, comme une aube embrasée,<br />
L'invisible soleil qui sous ton front reluit !<br />
<br />
— L'amour qui te fait vivre est celui qui me tue ;<br />
Car ta sérénité cruelle de statue<br />
N'est qu'un leurre où sans fin s'épuise mon souci.<br />
<br />
De ton sommeil menteur étreignant le mystère,<br />
Près de ton cœur j'y sens vivre un hôte adultère<br />
Et voudrais être mort pour l'apparaître aussi.<br />
<br />
<br />
VI<br />
<br />
Toi qui foules encor l'argile qui me pèse,<br />
Que ne suis-je moi-même à l'argile rendu,<br />
Mort glacé sous tes pas et sous l'herbe étendu,<br />
Sein brûlé que le froid de son linceul apaise !<br />
<br />
Que ne suis-je mêlé dans la cendre qui baise<br />
Le pli traînant du voile à ton flanc suspendu,<br />
Dans le monde vivant qui t'entoure perdu,<br />
Et de mes vains débris t'étreignant à mon aise !<br />
<br />
Je deviendrais un peu de tout ce qui te sent,<br />
De tout ce qui te voit, de tout ce qui te touche ;<br />
Fleur, je me sécherais aux chaleurs de ton sang,<br />
<br />
Ou fruit, je me fondrais aux saveurs de ta bouche ;<br />
— Je serais une proie à tout ce que tu veux<br />
Et je boirais dans l'air l'odeur de tes cheveux.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[Nouveaux sonnets païens<br />
<br />
<br />
<br />
I<br />
<br />
Refleuris sous mon front, ô fleur de volupté,<br />
Fleur du rêve païen, fleur vivante et charnelle,<br />
Corps féminin qu'aux jours de l'Olympe enchanté<br />
Un cygne enveloppa des blancheurs de son aile.<br />
<br />
L'amour des Cieux a fait chaste ta nudité :<br />
Sous tes contours sacrés la fange maternelle<br />
Revêt la dignité d'une chose éternelle<br />
Et, pour vivre a jamais, s'enferme en la Beauté.<br />
<br />
C'est toi l'impérissable, en ta splendeur altière,<br />
Moule auguste où l'empreinte ennoblit la matière,<br />
Où le marbre fait chair se façonne au baiser :<br />
<br />
Car un Dieu, t'arrachant à la chaîne fragile<br />
Des formes que la Mort ne cesse de briser,<br />
A pétri dans tes flancs la gloire de l'argile !<br />
<br />
<br />
II<br />
<br />
De ta face immortelle et de ton noble buste<br />
Mes mains ont affronté les contours radieux,<br />
Quand, fervent et tout plein de l'image des Dieux,<br />
J'ai moulé sur ton corps leur souvenir auguste ;<br />
<br />
Et, sous l'enchantement de ta beauté robuste,<br />
J'ai touché de ma lèvre, ivre et fermant les yeux,<br />
Ta lèvre aux feux sacrés, vase religieux<br />
Où le sang de nos cœurs, comme un rubis, s'incruste.<br />
<br />
Je ne tenterai plus l'inutile tourment<br />
De ton amour, ô Femme, et je veux seulement,<br />
Jaloux de ta splendeur, craintif du sacrilège,<br />
<br />
Ceindre très-humblement, de mes bras prosternés,<br />
Tes pieds, tes beaux pieds nus, frileux comme la neige<br />
Et pareils à deux lys jusqu'au sol inclinés.<br />
<br />
<br />
III<br />
<br />
N'espère pas que tu l'apaises,<br />
Le désir qui brûle mes reins :<br />
Je fuis les bras dont tu m'étreins<br />
Et la bouche dont tu me baises.<br />
<br />
Les serpents jetés aux fournaises<br />
Des lourds trépieds pythoniens,<br />
En des tourments pareils aux miens,<br />
Se tordaient, vivants, sur les braises.<br />
<br />
Je suis comme un cerf aux abois<br />
Qui, par la plaine et par les bois,<br />
Emporte, en bramant, ses blessures.<br />
<br />
Tourne vers moi tes yeux ardents :<br />
Ouvre ta lèvre, — à moi tes dents !<br />
— Plus de baisers, mais des morsures.<br />
<br />
<br />
IV<br />
<br />
Souvent, — et j'en frémis, — quand sur ta lèvre infâme<br />
J'ai bu, dans un sanglot, d'amères voluptés,<br />
Alors qu'une détresse immense prend mon âme,<br />
O toi pour qui je meurs, tu dors à mes côtés !<br />
<br />
L'ombre épaisse envahit tes sereines beautés<br />
Et jusque sous tes cils éteint tes yeux de flamme ;<br />
Ton souffle égal et lent fait comme un bruit de rame :<br />
— C'est ton rêve qui fuit vers des bords enchantés.<br />
<br />
Repose sans remords, ô cruelle maîtresse !<br />
Ignore dans mes bras les pleurs de ma caresse,<br />
Car tu n'es pas ma sœur, cœur à peine vivant !<br />
<br />
Mais quand la nuit a clos tes paupières meurtries,<br />
Quelle pitié des cieux pour les choses flétries<br />
Te rend, sous mes baisers, le sommeil d'un enfant ?<br />
<br />
<br />
V<br />
<br />
Que ne suis-je le rêve où ton âme me fuit,<br />
Quand l'haleine de fleur dont ta bouche est baisée<br />
Se berce au rhythme lent de ta gorge apaisée,<br />
Dans la tranquillité profonde de la nuit !<br />
<br />
Que ne suis-je le rêve où ma douleur te suit<br />
D'un souffle haletant et d'une aile brisée,<br />
Sans entrevoir jamais, comme une aube embrasée,<br />
L'invisible soleil qui sous ton front reluit !<br />
<br />
— L'amour qui te fait vivre est celui qui me tue ;<br />
Car ta sérénité cruelle de statue<br />
N'est qu'un leurre où sans fin s'épuise mon souci.<br />
<br />
De ton sommeil menteur étreignant le mystère,<br />
Près de ton cœur j'y sens vivre un hôte adultère<br />
Et voudrais être mort pour l'apparaître aussi.<br />
<br />
<br />
VI<br />
<br />
Toi qui foules encor l'argile qui me pèse,<br />
Que ne suis-je moi-même à l'argile rendu,<br />
Mort glacé sous tes pas et sous l'herbe étendu,<br />
Sein brûlé que le froid de son linceul apaise !<br />
<br />
Que ne suis-je mêlé dans la cendre qui baise<br />
Le pli traînant du voile à ton flanc suspendu,<br />
Dans le monde vivant qui t'entoure perdu,<br />
Et de mes vains débris t'étreignant à mon aise !<br />
<br />
Je deviendrais un peu de tout ce qui te sent,<br />
De tout ce qui te voit, de tout ce qui te touche ;<br />
Fleur, je me sécherais aux chaleurs de ton sang,<br />
<br />
Ou fruit, je me fondrais aux saveurs de ta bouche ;<br />
— Je serais une proie à tout ce que tu veux<br />
Et je boirais dans l'air l'odeur de tes cheveux.]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[Sonnets d’amour (40)]]></title>
			<link>https://sonett-archiv.com/forum/showthread.php?tid=10164</link>
			<pubDate>Wed, 24 Nov 2010 10:49:06 +0000</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="https://sonett-archiv.com/forum/member.php?action=profile&uid=1">ZaunköniG</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">https://sonett-archiv.com/forum/showthread.php?tid=10164</guid>
			<description><![CDATA[Sonnets d’amour<br />
<br />
 <br />
I<br />
<br />
NE crains plus rien d’un cœur qu’a trahi sa fierté :<br />
J’ai descendu la cime éclatante du Rêve.<br />
Pour m’apporter l’oubli l’ivresse fut trop brève :<br />
Mais si je me souviens, tout espoir m’a quitté.<br />
<br />
Ne crains plus rien d’un cœur que les jours ont dompté.<br />
L’homme abjure ses vœux, le soldat rend son glaive.<br />
Puisque mon œil vers toi, sans prière, s’élève,<br />
A quoi bon me cacher plus longtemps ta beauté ?<br />
<br />
C’est le devoir d’un Dieu de souffrir qu’on l’adore !<br />
Il n’importe qu’à moi si je conserve encore<br />
La mémoire sans fin d’un amour sans remords.<br />
<br />
Car le temps seul a su combien tu fus aimée<br />
Et confond dans mon cœur, urne à jamais fermée,<br />
La cendre de mes feux et celle de mes morts.<br />
<br />
<br />
II<br />
<br />
Je suis l’obscur amant de ta beauté farouche<br />
Et voudrais seulement, dans l’ombre confondu.<br />
M’asseoir encore au seuil de mon rêve perdu,<br />
Comme le pâtre à l’heure où le soleil se couche !<br />
<br />
Ta rigueur a posé le silence à ma bouche<br />
Et refermé mon cœur sur l’espoir défendu ;<br />
Car, plus lointain que l’astre au fond du ciel pendu<br />
Ton éclat luit plus haut que ce que ma main touche.<br />
<br />
Ah ! laisse, à mes regards que la superbe fuit,<br />
Ton front indifférent rayonner dans la Nuit<br />
Qui sur mes bonheurs morts tend sa funèbre toile :<br />
<br />
N’éteins pas à mes yeux ce suprême flambeau,<br />
Et garde-moi, du moins, la pitié qu’a l’étoile<br />
Pour le berger pensif assis sur un tombeau !<br />
<br />
<br />
III<br />
<br />
Le temps a tout jeté par terre d’un coup d’aile,<br />
Tout hormis mon amour, — tout hormis ta beauté !<br />
Les autres dieux ont fui le temple dévasté<br />
Où, pour toi seulement, fume un encens fidèle.<br />
<br />
Ta grâce resplendit sous mon front tout plein d’elle,<br />
Et, sur les vains débris de la réalité,<br />
Ton souvenir grandit, lys pur qu’a respecté<br />
L’automne qui fleurit les tombeaux d’asphodèle.<br />
<br />
J’ai dormi bien longtemps sous la pierre couché<br />
Avant que ta pitié sur mon front ait penché<br />
Des résurrections la fleur surnaturelle.<br />
<br />
Mes yeux s’étaient éteints, ne devant plus te voir.<br />
Mais telle est ta splendeur et tel est son pouvoir<br />
Qu’ils se sont rallumés pour se lever sur elle !<br />
<br />
<br />
IV<br />
<br />
Tout vit encore en toi de ce qu’en toi j’aimais !<br />
La Beauté d’autrefois tout entière demeure :<br />
Mais, comme dans le rêve où sans trace, fuit l’heure,<br />
Autrefois c’est hier — autrefois c’est jamais.<br />
<br />
Tout ce qui fut ma vie étant mort désormais,<br />
Pour me ressouvenir j’attendrai que je meure.<br />
Jusque-là, puisque tout hormis t’aimer est leurre,<br />
Content de ta pitié, je t’aime et me soumets.<br />
<br />
C’est assez que, pareil au lévite du temple,<br />
Tu souffres qu’à genoux je reste et te contemple<br />
O lointaine clarté de mes jours radieux !<br />
<br />
O toi qui restes seule et qui fus la première,<br />
Dans mon ciel où tes yeux m’apprirent la lumière<br />
Où ton front éclatant m’a révélé les Dieux !<br />
<br />
<br />
V<br />
<br />
O front marmoréen qu’habile la pensée ;<br />
Noirs cheveux dont la grâce assouplit les flots lourds ;<br />
Yeux cruels dont l’acier jaillit d’un clair velours ;<br />
Noble ligne du col par Phidias tracée ;<br />
<br />
Lèvres où le désir bat d’une aile blessée,<br />
Comme un ramier tombant des serres des vautours ;<br />
Epaule dont la neige a les calmes contours<br />
D’une double colline au fond du ciel dressée ;<br />
<br />
Vous n’êtes pour jamais, sous mon front désolé<br />
Qu’une image divine et qu’un rêve envolé,<br />
L’amère vision d’un idéal farouche.<br />
<br />
Celle dont ces splendeurs font l’éclat immortel<br />
Daigne à peine poser son pied blanc sur l’autel<br />
Qu’à peine avec terreur, ose effleurer ma bouche !<br />
<br />
<br />
VI<br />
<br />
Un mensonge du ciel rend pareille souvent<br />
La splendeur du couchant à celle d’une aurore,<br />
Si bien qu’un chant joyeux monte et s’envole encore<br />
Aux lèvres du pasteur à l’horizon rêvant :<br />
<br />
Tel un mirage doux, charmeur et décevant<br />
Ramène à son éveil l’amour dont je t’adore,<br />
Si bien que, de mon cœur, comme au matin sonore,<br />
S’élève un chant d’espoir qu’emportera le vent.<br />
<br />
Le déclin du soleil aux pourpres de la grève<br />
Sur son aile de feu n’emporte pas mon rêve.<br />
Si mon rêve eut une aube, il n’a pas de couchant.<br />
<br />
Mais j’en sais, comme lui, la douleur immortelle,<br />
Et l’ancienne blessure à mon flanc s’ouvre telle,<br />
Qu’en vain, pour l’endormir, ma bouche tente un chant.<br />
<br />
<br />
VII<br />
<br />
Tu regrettes la plage où la mer se lamente<br />
Et jusqu’à les pieds nus tend ses palmes d’argent.<br />
Tu regrettes la plage et son grand ciel changeant<br />
Que de ses pleurs salés flagelle la tourmente.<br />
<br />
Tu regrettes la plage où l’immortelle amante,<br />
Ariadne, dans l’air pleure encore en songeant.<br />
Tu regrettes la plage où le sol indigent<br />
Livre aux faulx du reflux sa moisson écumante.<br />
<br />
L’amour a fait mon cœur large comme une mer<br />
Dont le ciel est plus sombre et le flot plus amer.<br />
Une plainte éternelle y murmure sans trêve,<br />
<br />
Mais sans tourner vers moi ton front indifférent,<br />
Ni distraire un seul jour, avec son bruit mourant,<br />
Ton oreille attachée aux sanglots de la grève.<br />
<br />
<br />
VIII<br />
<br />
L’an qui s’enfuit attache aux givres éclatants<br />
Un manteau d’or pâli sur les flancs de Latone,<br />
Et la chanson du vent se lève, monotone,<br />
Autour des chênes noirs, squelettes grelottants.<br />
<br />
La tristesse du jour aux horizons flottants<br />
Monte avec des langueurs dont mon rêve s’étonne ;<br />
Car c’est sous les grands bois dépouillés par l’automne,<br />
Que je sens mon amour fait d’immortels printemps.<br />
<br />
Car des roses sans fin fleurissent sur ta bouche<br />
Et si de leur jardin que tu gardes, farouche,<br />
Exilé, je ne puis que voir les seuils vermeils,<br />
<br />
J’en respire, du moins, l’odeur chère et tenace ;<br />
Et, sur mon front qu’en vain l’ombre du jour menace,<br />
Tes yeux ont allumé d’ineffables soleils !<br />
<br />
<br />
IX<br />
<br />
Sur le tombeau des lys à l’horizon couchée,<br />
L’aube mélancolique a tes chères pâleurs,<br />
Et c’est sur ton beau front que l’âme de ces fleurs,<br />
Avant de fuir aux cieux semble s’être penchée.<br />
<br />
La flamme intérieure en tes doux yeux cachée<br />
A des feux du matin l’éclat mouillé de pleurs<br />
Et l’insensible écho de lointaines douleurs<br />
Fait gémir, dans ta voix, la plainte de Psychée.<br />
<br />
Tout chante le réveil de l’antique beauté<br />
Dans l’épanouissement de grâce et de clarté<br />
Qui fait qu’aux temps païens, seule, Hélène fut belle,<br />
<br />
Avec je ne sais quoi de triste et de surpris<br />
De vivre dans ces temps dignes de ton mépris,<br />
Des Olympes défunts ô proscrite immortelle !<br />
<br />
<br />
X<br />
<br />
Cet amour sans espoir m’épouvante, et pourtant<br />
C’est de lui que j’attends mes dernières ivresses.<br />
Sur l’océan calmé des lointaines tendresses<br />
Il brille, dans ma nuit, comme un phare éclatant.<br />
<br />
Vers mon désir austère il se penche, apportant<br />
Le sacrilège oubli des divines caresses,<br />
Et, dans un rêve plein de langueurs charmeresses,<br />
Il endort mon esprit douloureux et flottant.<br />
<br />
C’est un poison mortel dont se nourrit ma fièvre<br />
Et que tes yeux cruels inclinent à ma lèvre,<br />
Brûlant comme la flamme et pur comme le miel.<br />
<br />
Comme un lys vénéneux sous une aube éperdue,<br />
Ta Beauté m’enveloppe, et, voilant l’étendue,<br />
Cache à mes pieds la terre, à mes regards le ciel !<br />
<br />
<br />
XI<br />
<br />
Mon âme est comme un lac immobile et dont l’onde<br />
Sous le fouet des vents n’exhale qu’un doux bruit,<br />
Mystérieux, lointain, plaintif ; et, chaque nuit,<br />
Une image descend dans son ombre profonde.<br />
<br />
Comme l’astre d’argent qui, de sa flamme, inonde<br />
L’eau calme où, dans l’azur, son front se double et luit,<br />
Ton front pur et charmant, par mon rêve conduit,<br />
S’y penche avec l’éclat majestueux d’un monde.<br />
<br />
Le silence du soir emplit l’immensité ;<br />
Un tel recueillement me vient de ta Beauté<br />
Que j’y cède, vaincu par d’invincibles armes.<br />
<br />
Mais qu’un frisson vivant passe dans mes cheveux<br />
Le fantôme adoré se brise en mille feux<br />
Dont le scintillement brille à travers mes larmes.<br />
<br />
<br />
XII<br />
<br />
Sur le deuil de mon cœur cette ivresse flamboie<br />
D’avoir été l’élu qui meurt de ta Beauté.<br />
Aussi haut que ton vol dans l’azur indompté,<br />
J’aurai monté mon cœur pour t’en faire une proie.<br />
<br />
L’aigle désespéré qui dans l’éther se noie,<br />
Pour fixer l’astre ardent dont l’orgueil l’a tenté,<br />
Sentant dans ses yeux morts s’éteindre la clarté,<br />
Goûte dans ce martyre une sublime joie.<br />
<br />
Il ne regrette pas la paix des pics neigeux<br />
D’où son aile prudente, en ses robustes jeux,<br />
Abattait sur les plaines une large envolée.<br />
<br />
A l’aigle foudroyé le sort m’a fait pareil.<br />
Le soleil m’a brûlé, mais j’ai vu le soleil.<br />
Je meurs de ta Beauté, mais je t’ai contemplée !<br />
<br />
<br />
XIII<br />
<br />
Le chant du matin vibre à l’horizon de cuivre<br />
Et sonne le réveil à mes mornes ennuis.<br />
Car les rêves éclos au silence des nuits<br />
Dans les tracas du jour refusent de me suivre.<br />
<br />
Dans une ombre éternelle, ah ! que ne puis-je vivre<br />
N’ayant d’autre flambeau que l’éclat dont tu luis,<br />
O spectre doux et cher qui, dès l’aube, me fuis,<br />
Amour désespéré dont tout bas, je m’enivre !<br />
<br />
J’aime les soirs pareils à tes sombres cheveux<br />
Et les astres d’argent qui rendent à mes vœux<br />
Les stellaires clartés de ta pâleur divine.<br />
<br />
J’aime le soir avec ses troublantes vapeurs<br />
Où mes yeux éblouis de mirages trompeurs<br />
Retrouvent ta Beauté qu’un souvenir devine !<br />
<br />
<br />
XIV<br />
<br />
Comme un souffle se lève aux rives de la plaine<br />
Que vient battre le flot argenté des matins,<br />
S’ouvrant à l’horizon de mes Rêves lointains,<br />
Une aile de parfums m’apporte ton haleine.<br />
<br />
Et les enchantements dont toute aurore est pleine<br />
Se confondant en toi sur les cieux incertains,<br />
Ta Beauté resplendit sur les astres éteints,<br />
Comme au bûcher Troyen le fantôme d’Hélène.<br />
<br />
O Déesse, apparais et, sous ton pied vainqueur<br />
Tressailleront encor les cendres de mon cœur<br />
Pareil à la cité pour Vénus consumée.<br />
<br />
Et le sang rajeuni de mes souvenirs morts<br />
Empourprera la route où tu fuis sans remords<br />
L’inutile tourment de ceux qui t’ont aimée !<br />
<br />
<br />
XV<br />
<br />
Fuyant le ciel menteur des espérances vaines,<br />
Mes jours coulent, muets et lents comme un Léthé.<br />
Un sort inexorable a fait de ta Beauté<br />
La mer vers qui s’en va tout le sang de mes veines.<br />
<br />
Sous l’or des Paradis et l’ombre des géhennes,<br />
Il court indifférent, vers toi seule emporté,<br />
Roulant comme un torrent par les vents fouetté,<br />
D’inutiles amours et d’inutiles haines.<br />
<br />
Car le but inflexible où tend son cours vermeil,<br />
C’est ta splendeur sereine et pareille au sommeil<br />
Des océans pensifs sur leur couche de grève.<br />
<br />
Vers elle s’allanguit son flot capricieux.,<br />
Sentant descendre en soi le mirage des cieux,<br />
Sitôt que ton image y passe dans un Rêve.<br />
<br />
<br />
XVI<br />
<br />
Ta pitié vainement avait fermé l’abîme<br />
Que mon respect muet fait plus grand entre nous.<br />
La terreur de ton front fait ployer mes genoux<br />
Et mon culte tremblant a les effrois d’un crime.<br />
<br />
J’affronte la Beauté comme on tente la cime<br />
Qui garde le vertige au fond des cieux jaloux.<br />
C’est sans me rassurer que tes regards sont doux<br />
Et tu restes cruelle en étant magnanime.<br />
<br />
Je vis auprès de toi sous un charme mortel,<br />
Laissant mon cœur brûler comme sur un autel<br />
D’où montent des parfums d’encens et de cinname.<br />
<br />
Mon amour, que trahit le désir obsesseur<br />
Au néant de ses vœux goûte une âpre douceur<br />
Et, vers ta bouche en fleur, seule, s’en va mon âme.<br />
<br />
<br />
XVII<br />
<br />
Le Rêve est un ami pitoyable aux amants<br />
Qu’a trahis l’espérance et qu’a meurtris la vie.<br />
Par lui, l’image douce à mes regards ravie<br />
Est quelquefois rendue à mes enchantements.<br />
<br />
Il réveille le chœur oublié des serments<br />
Et ramène celui des heures qu’on envie,<br />
Baignant de ses clartés Celle par nous servie,<br />
Comme un ostensoir d’or plein de rayonnements !<br />
<br />
Heureux qui peut goûter quelque ivresse à ce leurre.<br />
Moi, plus désespéré, l’amour dont je te pleure<br />
Repousse loin de moi les mensonges du ciel.<br />
<br />
Quand ta pitié rapide à mon exil fait trêve,<br />
Je te revois toujours plus belle que mon Rêve<br />
Et son néant, par là, m’est rendu plus cruel !<br />
<br />
<br />
XVIII<br />
<br />
Quand vers ton front pensif le nocturne silence<br />
Monte des horizons d’or pâle et de carmin,<br />
Tout entière aux splendeurs du rêve surhumain<br />
Que l’astre aux yeux d’argent sur nos têtes balance,<br />
<br />
N’entends-tu pas la voix qui de mon cœur s’élance<br />
Et mes baisers furtifs sangloter sur ta main<br />
Et mon sang, goutte à goutte, arroser ton chemin,<br />
Comme le sang qui perle au fer nu d’une lance ?<br />
<br />
L’immensité m’est-elle, à ce point, sans pitié<br />
Que mon âme vers toi s’en aille, par moitié,<br />
L’autre ne me restant que pour souffrir et vivre,<br />
<br />
Sans même qu’à la tienne un écho fraternel<br />
Vienne conter tout bas mon tourment éternel<br />
Et que je vais mourir du mal dont je m’enivre !<br />
<br />
<br />
XIX<br />
<br />
Quand le sang des héros, de la terre trempée,<br />
Faisait jaillir des fleurs agréables aux Dieux,<br />
J’eusse aimé, dans l’orgueil des combats radieux,<br />
Tomber, en l’invoquant, sous la lame ou l’épée.<br />
<br />
Vers ton front fait pour luire au seuil d’une épopée,<br />
Nés de mon cœur viril grand ouvert sous les yeux,<br />
Des lys eussent tendu leurs rameaux glorieux,<br />
De mon souffle expirant t’eussent enveloppée !<br />
<br />
Pourquoi le temps, qui met son ombre et son affront<br />
Au grand Rêve passé, laisse-t-il donc ton front<br />
Briller d’un tel éclat que ce rêve y renaisse ?<br />
<br />
Et, rallumant en moi le désir mal dompté,<br />
Laisse-t-il refleurir dans ta noble beauté<br />
Des Dieux que j’ai servis l’immortelle jeunesse !<br />
<br />
<br />
XX<br />
<br />
L’aile rose du jour, en s’ouvrant sur la Terre,<br />
Éparpille un duvet d’or clair à l’horizon ;<br />
L’aigle a brisé son œuf et quitté sa prison.<br />
Le soleil monte aux cieux sa gloire solitaire.<br />
<br />
Il laisse l’orient, ouvert comme un cratère,<br />
Tendre encore vers lui sa rouge floraison,<br />
Et lentement s’étendre en une exhalaison<br />
De vapeurs où le vent léger se désaltère.<br />
<br />
J’ai porté, dans mon cœur à l’orient pareil,<br />
Mon amour flamboyant et pur comme un soleil<br />
Dont je fus déchiré comme, au matin, la nue.<br />
<br />
Mais, tandis qu’au levant l’horizon s’est fermé,<br />
Par d’inutiles feux mon cœur reste enflammé<br />
Et sa blessure encor, saigne béante et nue !<br />
<br />
<br />
XXI<br />
<br />
Sur le chêne où l’automne a mis ses tons de cuivre,<br />
J’ai, du bout d’un couteau, creusé profondément<br />
Ton nom pour le relire, alors qu’au ciel, bramant<br />
Le vent effeuillera la forêt comme un livre.<br />
<br />
Sur la vitre où l’hiver a mis ses fleurs de givre<br />
J’ai tracé ton nom cher avec un diamant.<br />
Pour le relire après que le jardin charmant<br />
Sous les tièdes soleils aura cessé de vivre.<br />
<br />
Sur mon cœur qui n’a pas d’automne ni d’hiver,<br />
J’ai, d’un outil plus dur que la gemme et le fer,<br />
Gravé ton nom vainqueur et, d’une telle force,<br />
<br />
Qu’il saignera toujours, lors même que le temps<br />
Aura brisé la vitre aux dessins éclatants<br />
Et de l’arbre blessé fait revivre l’écorce.<br />
<br />
<br />
XXII<br />
<br />
Comme au jardin maudit dont la pluie et le vent<br />
Ont dispersé les fleurs au sable des allées,<br />
Mon cœur, plein des débris des choses envolées,<br />
N’a gardé du passé qu’un souvenir vivant.<br />
<br />
Il est là comme un lys superbe s’élevant<br />
Parmi les lilas morts et les herbes foulées,<br />
Dernier astre des nuits naguère constellées,<br />
Dernier lambeau du Rêve autrefois triomphant.<br />
<br />
Au profond de mon être a plongé sa racine ;<br />
Qui veut l’en arracher doit briser ma poitrine.<br />
Bien que pâle, il est fait du meilleur de ma chair.<br />
<br />
Le souffle qui le doit faucher d’un grand coup d’aile<br />
Ouvrant enfin les yeux à mon âme fidèle,<br />
Leur apprendra ton nom sacré, cruel et cher !<br />
<br />
<br />
XXIII<br />
<br />
Vers quel infini tend ta Beauté, qu’elle prenne<br />
A chaque jour nouveau des traits plus éclatants ?<br />
Comme un sculpteur épris de son œuvre, le temps,<br />
Sans relâche, en poursuit la grâce souveraine.<br />
<br />
Plus grand, l’orgueil du lys fleurit ton front de Reine ;<br />
Plus pur, dans tes yeux luit l’or des astres flottants ;<br />
Et, sur ton col plus lier, en frissons palpitants,<br />
L’ombre de tes cheveux, plus jalouse, se traîne.<br />
<br />
On dirait qu’en toi seule, enfin, s’est résumé<br />
Tout ce que les regards des mortels ont aimé<br />
Depuis qu’un souvenir des Dieux hante la terre.<br />
<br />
En Toi seule revit l’immortelle splendeur.<br />
Hélas ! Et j’en ai pu mesurer la grandeur<br />
Au deuil qu’elle a laissé dans mon cœur solitaire !<br />
<br />
<br />
XXIV<br />
<br />
Si tu cherches pourquoi mon triste amour s’augmente<br />
De tous les désespoirs que me font tes mépris ;<br />
Si tu cherches pourquoi tout m’est vide et sans prix,<br />
Sauf l’inutile espoir qui, sans fin, me tourmente ;<br />
<br />
Si tu cherches pourquoi toujours je me lamente,<br />
Comme un cygne blessé trouble l’air de ses cris ;<br />
Si tu cherches pourquoi tes yeux cruels m’ont pris<br />
Jusqu’au lâche bonheur d’aimer une autre amante ;<br />
<br />
Je te dirai : c’est toi qui m’appris la Beauté !<br />
J’en ignorais l’orgueil et la divinité<br />
Avant que d’avoir vu ton radieux visage.<br />
<br />
Oui, c’est toi qui m’appris l’idéal sans retour.<br />
Mon esprit s’est ouvert sur ton image, un jour.<br />
Mes yeux se fermeront, un jour, sur ton image !<br />
<br />
<br />
XXV<br />
<br />
Portant d’un cœur plus doux ma douleur plus profonde,<br />
Je veux dire mon mal si bas que mes sanglots,<br />
En mourant à tes pieds comme le bruit des flots,<br />
Te rappellent encor les caresses de l’onde.<br />
<br />
Qu’ils ramènent vers toi l’image vagabonde<br />
De ta mer souriante à l’horizon d’îlots<br />
Et du jardin de fleurs où l’argent des bouleaux<br />
Frissonne doucement avant que le vent gronde.<br />
<br />
Je veux dire si bas la peine dont je meurs,<br />
Que sa plainte se mêle aux lointaines rumeurs<br />
Dont, par les soirs d’été, ton oreille est charmée.<br />
<br />
Je veux que de mes pleurs le murmure soit tel<br />
Que, sans y deviner mon tourment immortel,<br />
D’un immortel amour tu te sentes aimée !<br />
<br />
<br />
XXVI<br />
<br />
Ne cherchant d’autre bien que d’aimer sans salaire,<br />
J’en goûte sans espoir l’amère volupté,<br />
Laissant saigner mon cœur aux pieds de ta Beauté,<br />
Prêt à l’ouvrir plus grand si cela doit le plaire.<br />
<br />
Tu peux donc le souffrir sans crainte et sans colère,<br />
Ce triste amour qui borne aujourd’hui sa fierté<br />
A regarder, de l’ombre où tu l’as rejeté,<br />
Rayonner de ton front l’auréole stellaire.<br />
<br />
Un dernier honneur reste à mon lâche tourment :<br />
C’est de ne pas troubler de mon gémissement<br />
L’olympique repos où se plaît ta pensée.<br />
<br />
Sans implorer de toi l’aumône d’un souci,<br />
Je porterai, du moins, sans demander merci,<br />
L’immortelle douleur de mon âme blessée !<br />
<br />
<br />
XXVII<br />
<br />
Comme un ruisseau d’argent par les fentes d’une urne<br />
Dont l’usure a mordu l’épaisseur par endroits,<br />
La stellaire clarté filtre aux sombres parois<br />
Qui ferment nos regards sur la voûte nocturne.<br />
<br />
Tandis qu’à l’horizon Sirius et Saturne,<br />
De flammes couronnés, montent comme deux Rois,<br />
Celle qui, dès longtemps, met mon cœur sur la croix<br />
M’apparaît lentement dans l’ombre taciturne.<br />
<br />
Sous les feux amortis des astres fraternels,<br />
Ton image revêt les aspects éternels<br />
Qui m’ont fait le captif éternel de tes charmes.<br />
<br />
Le soir, plus que ton âme à mon Rêve clément,<br />
Te rend, cruelle absente, à mes enchantements<br />
Et, d’un souffle attendri, dans mes yeux boit mes larmes.<br />
<br />
<br />
XXVIII<br />
<br />
Pour mon âme en toi renaîtront<br />
Tous les biens que le temps emporte.<br />
Quand l’âme des lys sera morte,<br />
Je la chercherai sur ton front.<br />
<br />
Des jours pour défier l’affront<br />
Je sens ma tendresse assez forte ;<br />
Je t’aime d’une telle sorte<br />
Qu’en toi tous mes jours revivront.<br />
<br />
Meure donc la pourpre des roses !<br />
D’immortelles métamorphoses<br />
A tes lèvres mettront leur sang !<br />
<br />
Car, ô Beauté, fleur solitaire,<br />
Il faut qu’enfin, pour Toi, la Terre,<br />
Jusqu’au bout épuise son flanc !<br />
<br />
<br />
XXIX<br />
<br />
L’or des astres perdus habite les prunelles ;<br />
L’âme des Dieux partis a ton sein pour tombeau ;<br />
Les cieux jaloux voudraient ton regard pour flambeau ;<br />
Ta splendeur fait envie aux gloires éternelles.<br />
<br />
L’antique souvenir s’épanouit en elles<br />
De tout ce qui fut grand, de tout ce qui fut beau.<br />
Au vent de tes cheveux flotte encore un lambeau<br />
Des visions d’antan blanches et solennelles !<br />
<br />
Je ne t’ai pas maudite au jour de l’abandon.<br />
Ton mal, pareil au mien, t’a valu le pardon.<br />
Si tu m’as fait proscrit je te sais exilée.<br />
<br />
Le même sort, pesant sur nos cœurs asservis,<br />
Met ta Patrie ailleurs et la mienne où tu vis,<br />
Et nôtre âme, à tous deux, demeure inconsolée.<br />
<br />
<br />
XXX<br />
<br />
Vers le déclin viril de mes jeunes années,<br />
J’ai marché sans regret, sentant se consumer<br />
En d’inutiles feux ma puissance d’aimer ;<br />
Car tes lèvres se sont, des miennes, détournées.<br />
<br />
J’ai vu, comme des fleurs loin du soleil fanées,<br />
Mes tendresses sans but lentement se fermer<br />
Et mon cœur sans espoir pas à pas s’abîmer<br />
Dans l’ombre qui confond les choses condamnées.<br />
<br />
Aujourd’hui je suis vieux, mais je ne me plains pas<br />
D’avoir jeté mon être en poussière à tes pas.<br />
Cet orgueil me suffit de t’avoir bien servie.<br />
<br />
Mon amour impayé ne te réclame rien.<br />
Je mourrai satisfait, car ta Beauté vaut bien<br />
Qu’on immole à ses pieds le meilleur de sa vie.<br />
<br />
<br />
XXXI<br />
<br />
Un tel enchaînement enveloppe ton être,<br />
Tyrannique et subtil comme un parfum léger,<br />
Et qui semble, sur Toi, doucement voltiger<br />
Que, rien qu’à t’approcher, sa douceur me pénètre.<br />
<br />
Sur chacun de tes pas quelque fleur semble naître<br />
Des mystiques jardins où l’esprit va songer,<br />
Quand le Rêve l’emporte et le fait voyager<br />
Vers les cieux inconnus qu’il a cru reconnaître.<br />
<br />
D’où ce charme éperdu vient-il à ta Beauté ?<br />
De ton âme ou d’un monde autrefois habité ?<br />
De Toi-même ou du chœur des choses enivrées ?<br />
<br />
On dirait que pour Toi seule leur grâce vit<br />
Et que l’Amour tremblant de tout ce qui te vit<br />
Chante et palpite autour de tes formes sacrées !<br />
<br />
<br />
XXXII<br />
<br />
O lâcheté d’un cœur pourtant las de souffrir !<br />
Révolte sans honneur de mon âme éperdue !<br />
Avant qu’à mes regrets ta pitié m’eût rendue,<br />
Je te le dis tout bas : j’avais peur de mourir !<br />
<br />
Sous l’adieu du soleil la fleur peut se flétrir,<br />
Enfermant dans son sein la caresse attendue.<br />
A mon fidèle amour la grâce était bien due<br />
De te revoir encore et mon ciel s’attendrir.<br />
<br />
Maintenant que j’ai bu, dans tes yeux sans colère,<br />
— De mon long souvenir, cher et tardif salaire, —<br />
Le viatique doux dont j’étais altéré,<br />
<br />
Mon âme peut partir pour sa route éternelle,<br />
Portant, comme l’étoile, un feu qui brûle en elle<br />
Et dont rien n’éteindra l’embrasement sacré.<br />
<br />
<br />
XXXIII<br />
<br />
Comme une feuille morte à ta robe attachée,<br />
Qui crie en se brisant aux sables du chemin,<br />
Mon cœur que de la vie a détaché ta main<br />
Exhale sur tes pas une plainte cachée.<br />
<br />
Sur lui, sans le flétrir, l’automne s’est penchée,<br />
Teignant les bois obscurs d’or pâle et de carmin ;<br />
Palpitant et captif d’un rêve surhumain,<br />
Il a suivi la route obstinément cherchée.<br />
<br />
Jaloux de sa torture, épris de son tourment.<br />
Le temps s’est à son mal acharné vainement<br />
Et l’épine épuisa sa morsure savante.<br />
<br />
Déchiré par la ronce, il a longtemps saigné<br />
Avant que, jusqu’à lui, ton regard ait daigné<br />
Détourner un instant sa pitié triomphante.<br />
<br />
<br />
XXXIV<br />
<br />
Dans la poussière fauve où l’horizon se noie,<br />
Où se perd le dernier rayon du jour penchant,<br />
Mêlant sa chère flamme aux flammes du couchant,<br />
Ton beau regard parfois sur mon Rêve flamboie.<br />
<br />
Est-ce un adieu lointain que ta pitié m’envoie<br />
Du ciel où mon espoir lassé va te cherchant ?<br />
Mais dans mon cœur ouvert il laisse, en le touchant,<br />
Une mélancolique et douloureuse joie !<br />
<br />
Vers les rives du ciel qu’on ne distingue plus<br />
La lumière qu’emporte un rythmique reflux<br />
De son écume d’or éclabousse la nue,<br />
<br />
Battant la poupe en feu du vaisseau de clarté<br />
Où, sous un dais d’azur, m’apparaît ta Beauté<br />
Qui de mon triste amour enfin s’est souvenue !<br />
<br />
<br />
XXXV<br />
<br />
Le grand lac solitaire où l’image des cieux<br />
Descend et resplendit au fond de l’eau dormante,<br />
En vain, pour retenir la vision charmante,<br />
Ploie, ainsi que des bras, ses roseaux gracieux.<br />
<br />
Des astres éternels le vol silencieux<br />
Passe, sans l’échauffer dans son sein qu’il tourmente.<br />
Et c’est pourquoi sa voix, dans la Nuit, se lamente<br />
De n’enfermer en soi qu’un reflet captieux<br />
<br />
Pareille au flot pensif, mon âme porte en elle<br />
Comme celle des cieux une image éternelle<br />
Depuis que sur mes jours ton front s’est incliné.<br />
<br />
Elle pleure, sentant qu’une plus longue route<br />
La sépare de Toi que la nocturne voûte<br />
Du grand lac, point d’argent dans l’infini perdu !<br />
<br />
<br />
XXXVI<br />
<br />
Comme un cygne blessé monte d’un vol plus lent<br />
Traînant un point de pourpre aux blancheurs de sa plume,<br />
Le jour d’hiver se lève, et, sur son flanc s’allume<br />
Un soleil sans rayon fait comme un trou sanglant.<br />
<br />
En vain, pour l’égarer dans son chemin troublant,<br />
Les gloires du zénith s’enveloppent de brume ;<br />
Comme au toucher des flots un fer rouge qui fume<br />
Dans l’océan des cieux il s’enfonce brûlant.<br />
<br />
Le feu de son désir le consumant sans trêve,<br />
Découronné du monde immortel de son Rêve,<br />
A l’astre incandescent mon cœur triste est pareil.<br />
<br />
Vers la cime farouche où la Beauté recule<br />
Il tend, perdu dans les pâleurs d’un crépuscule,<br />
Douloureux et saignant sur son chemin vermeil.<br />
<br />
<br />
XXXVII<br />
<br />
Le mal, en effleurant ta Beauté, l’a parée<br />
Et d’un charme allangui ravivé ta pâleur ;<br />
Car à tout ici-bas, jusques à la douleur,<br />
Comme un bien sans pareil la splendeur est sacrée.<br />
<br />
De toi — fléau clément — elle s’est retirée<br />
— Telle qu’aux jours d’été l’orage laisse un pleur<br />
Comme un pur diamant aux cimes d’une fleur —<br />
Rajeunissant ton front d’une larme égarée.<br />
<br />
La souffrance est pareille à la flamme des cieux<br />
Qui brûle tout, hormis les métaux précieux<br />
Que rajeunit le temps en ses métamorphoses.<br />
<br />
Telle elle aura passé sur ton front triomphant<br />
Que des Dieux immortels le souvenir défend,<br />
Et qu’adore tout bas l’amour vague des choses.<br />
<br />
<br />
XXXVIII<br />
<br />
Tes yeux ont des langueurs divines où s’émousse<br />
Le désir immortel dont je suis consumé.<br />
Oubliant l’âpre ardeur dont jadis je t’aimai,<br />
Ma tendresse pour toi se fait sereine et douce.<br />
<br />
Le flot est moins amer qui sur tes pas me pousse ;<br />
C’est à tes pieds qu’il meurt impuissant et pâmé,<br />
Et j’y voudrais coucher mon amour désarmé<br />
Comme un vivant lapis dont Mai fleurit la mousse.<br />
<br />
Mais, pour se moins trahir, il n’est que plus profond<br />
Le mal délicieux que tes regards me font<br />
Quand leur charme mourant me trouble et me pénètre.<br />
<br />
Plus je me sens vaincu, mieux je me sens à toi,<br />
Plus sur mon front dompté je sens peser la loi<br />
Qui fit mon être obscur l’esclave de ton Être !<br />
<br />
<br />
XXXIX<br />
<br />
Je suis resté près de ta porte,<br />
Triste, solitaire et rêvant ;<br />
Telle une feuille que le vent<br />
Au pied d’un lys en fleur apporte.<br />
<br />
Elle y demeure, chose morte,<br />
Sans que, du calice vivant,<br />
Un pleur de l’aube l’abreuvant<br />
Se détache et la réconforte.<br />
<br />
J’ai quitté ton seuil bien-aimé,<br />
Sans que mon cœur fût ranimé<br />
Par un sourire de ta bouche.<br />
<br />
Et pourtant mon espoir défunt<br />
Y conserve encor le parfum<br />
Qu’on prend à tout ce qui te touche.<br />
<br />
<br />
XL<br />
<br />
Lorsque la mort viendra me toucher de son aile,<br />
Je veux que, se penchant sur moi, ton front divin<br />
Verse à mon cœur troublé, comme un généreux vin,<br />
La force d’affronter cette heure solennelle.<br />
<br />
Elle m’apparaîtra douce et portant en elle<br />
Tous les biens qu’ici-bas j’avais cherchés en vain,<br />
Et mon âme, arrachée au terrestre levain,<br />
Montera, blanche hostie, à sa route éternelle.<br />
<br />
Sous le rayonnement de ta chère Beauté,<br />
Mes yeux se fermeront sur le rêve enchanté<br />
D’un paradis ouvert devant mes destinées.<br />
<br />
Sur mon sein sans haleine on posera les fleurs,<br />
Comme moi-même alors pâles et sans couleurs<br />
Que tu pris sur ton sein et que tu m’as données !]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[Sonnets d’amour<br />
<br />
 <br />
I<br />
<br />
NE crains plus rien d’un cœur qu’a trahi sa fierté :<br />
J’ai descendu la cime éclatante du Rêve.<br />
Pour m’apporter l’oubli l’ivresse fut trop brève :<br />
Mais si je me souviens, tout espoir m’a quitté.<br />
<br />
Ne crains plus rien d’un cœur que les jours ont dompté.<br />
L’homme abjure ses vœux, le soldat rend son glaive.<br />
Puisque mon œil vers toi, sans prière, s’élève,<br />
A quoi bon me cacher plus longtemps ta beauté ?<br />
<br />
C’est le devoir d’un Dieu de souffrir qu’on l’adore !<br />
Il n’importe qu’à moi si je conserve encore<br />
La mémoire sans fin d’un amour sans remords.<br />
<br />
Car le temps seul a su combien tu fus aimée<br />
Et confond dans mon cœur, urne à jamais fermée,<br />
La cendre de mes feux et celle de mes morts.<br />
<br />
<br />
II<br />
<br />
Je suis l’obscur amant de ta beauté farouche<br />
Et voudrais seulement, dans l’ombre confondu.<br />
M’asseoir encore au seuil de mon rêve perdu,<br />
Comme le pâtre à l’heure où le soleil se couche !<br />
<br />
Ta rigueur a posé le silence à ma bouche<br />
Et refermé mon cœur sur l’espoir défendu ;<br />
Car, plus lointain que l’astre au fond du ciel pendu<br />
Ton éclat luit plus haut que ce que ma main touche.<br />
<br />
Ah ! laisse, à mes regards que la superbe fuit,<br />
Ton front indifférent rayonner dans la Nuit<br />
Qui sur mes bonheurs morts tend sa funèbre toile :<br />
<br />
N’éteins pas à mes yeux ce suprême flambeau,<br />
Et garde-moi, du moins, la pitié qu’a l’étoile<br />
Pour le berger pensif assis sur un tombeau !<br />
<br />
<br />
III<br />
<br />
Le temps a tout jeté par terre d’un coup d’aile,<br />
Tout hormis mon amour, — tout hormis ta beauté !<br />
Les autres dieux ont fui le temple dévasté<br />
Où, pour toi seulement, fume un encens fidèle.<br />
<br />
Ta grâce resplendit sous mon front tout plein d’elle,<br />
Et, sur les vains débris de la réalité,<br />
Ton souvenir grandit, lys pur qu’a respecté<br />
L’automne qui fleurit les tombeaux d’asphodèle.<br />
<br />
J’ai dormi bien longtemps sous la pierre couché<br />
Avant que ta pitié sur mon front ait penché<br />
Des résurrections la fleur surnaturelle.<br />
<br />
Mes yeux s’étaient éteints, ne devant plus te voir.<br />
Mais telle est ta splendeur et tel est son pouvoir<br />
Qu’ils se sont rallumés pour se lever sur elle !<br />
<br />
<br />
IV<br />
<br />
Tout vit encore en toi de ce qu’en toi j’aimais !<br />
La Beauté d’autrefois tout entière demeure :<br />
Mais, comme dans le rêve où sans trace, fuit l’heure,<br />
Autrefois c’est hier — autrefois c’est jamais.<br />
<br />
Tout ce qui fut ma vie étant mort désormais,<br />
Pour me ressouvenir j’attendrai que je meure.<br />
Jusque-là, puisque tout hormis t’aimer est leurre,<br />
Content de ta pitié, je t’aime et me soumets.<br />
<br />
C’est assez que, pareil au lévite du temple,<br />
Tu souffres qu’à genoux je reste et te contemple<br />
O lointaine clarté de mes jours radieux !<br />
<br />
O toi qui restes seule et qui fus la première,<br />
Dans mon ciel où tes yeux m’apprirent la lumière<br />
Où ton front éclatant m’a révélé les Dieux !<br />
<br />
<br />
V<br />
<br />
O front marmoréen qu’habile la pensée ;<br />
Noirs cheveux dont la grâce assouplit les flots lourds ;<br />
Yeux cruels dont l’acier jaillit d’un clair velours ;<br />
Noble ligne du col par Phidias tracée ;<br />
<br />
Lèvres où le désir bat d’une aile blessée,<br />
Comme un ramier tombant des serres des vautours ;<br />
Epaule dont la neige a les calmes contours<br />
D’une double colline au fond du ciel dressée ;<br />
<br />
Vous n’êtes pour jamais, sous mon front désolé<br />
Qu’une image divine et qu’un rêve envolé,<br />
L’amère vision d’un idéal farouche.<br />
<br />
Celle dont ces splendeurs font l’éclat immortel<br />
Daigne à peine poser son pied blanc sur l’autel<br />
Qu’à peine avec terreur, ose effleurer ma bouche !<br />
<br />
<br />
VI<br />
<br />
Un mensonge du ciel rend pareille souvent<br />
La splendeur du couchant à celle d’une aurore,<br />
Si bien qu’un chant joyeux monte et s’envole encore<br />
Aux lèvres du pasteur à l’horizon rêvant :<br />
<br />
Tel un mirage doux, charmeur et décevant<br />
Ramène à son éveil l’amour dont je t’adore,<br />
Si bien que, de mon cœur, comme au matin sonore,<br />
S’élève un chant d’espoir qu’emportera le vent.<br />
<br />
Le déclin du soleil aux pourpres de la grève<br />
Sur son aile de feu n’emporte pas mon rêve.<br />
Si mon rêve eut une aube, il n’a pas de couchant.<br />
<br />
Mais j’en sais, comme lui, la douleur immortelle,<br />
Et l’ancienne blessure à mon flanc s’ouvre telle,<br />
Qu’en vain, pour l’endormir, ma bouche tente un chant.<br />
<br />
<br />
VII<br />
<br />
Tu regrettes la plage où la mer se lamente<br />
Et jusqu’à les pieds nus tend ses palmes d’argent.<br />
Tu regrettes la plage et son grand ciel changeant<br />
Que de ses pleurs salés flagelle la tourmente.<br />
<br />
Tu regrettes la plage où l’immortelle amante,<br />
Ariadne, dans l’air pleure encore en songeant.<br />
Tu regrettes la plage où le sol indigent<br />
Livre aux faulx du reflux sa moisson écumante.<br />
<br />
L’amour a fait mon cœur large comme une mer<br />
Dont le ciel est plus sombre et le flot plus amer.<br />
Une plainte éternelle y murmure sans trêve,<br />
<br />
Mais sans tourner vers moi ton front indifférent,<br />
Ni distraire un seul jour, avec son bruit mourant,<br />
Ton oreille attachée aux sanglots de la grève.<br />
<br />
<br />
VIII<br />
<br />
L’an qui s’enfuit attache aux givres éclatants<br />
Un manteau d’or pâli sur les flancs de Latone,<br />
Et la chanson du vent se lève, monotone,<br />
Autour des chênes noirs, squelettes grelottants.<br />
<br />
La tristesse du jour aux horizons flottants<br />
Monte avec des langueurs dont mon rêve s’étonne ;<br />
Car c’est sous les grands bois dépouillés par l’automne,<br />
Que je sens mon amour fait d’immortels printemps.<br />
<br />
Car des roses sans fin fleurissent sur ta bouche<br />
Et si de leur jardin que tu gardes, farouche,<br />
Exilé, je ne puis que voir les seuils vermeils,<br />
<br />
J’en respire, du moins, l’odeur chère et tenace ;<br />
Et, sur mon front qu’en vain l’ombre du jour menace,<br />
Tes yeux ont allumé d’ineffables soleils !<br />
<br />
<br />
IX<br />
<br />
Sur le tombeau des lys à l’horizon couchée,<br />
L’aube mélancolique a tes chères pâleurs,<br />
Et c’est sur ton beau front que l’âme de ces fleurs,<br />
Avant de fuir aux cieux semble s’être penchée.<br />
<br />
La flamme intérieure en tes doux yeux cachée<br />
A des feux du matin l’éclat mouillé de pleurs<br />
Et l’insensible écho de lointaines douleurs<br />
Fait gémir, dans ta voix, la plainte de Psychée.<br />
<br />
Tout chante le réveil de l’antique beauté<br />
Dans l’épanouissement de grâce et de clarté<br />
Qui fait qu’aux temps païens, seule, Hélène fut belle,<br />
<br />
Avec je ne sais quoi de triste et de surpris<br />
De vivre dans ces temps dignes de ton mépris,<br />
Des Olympes défunts ô proscrite immortelle !<br />
<br />
<br />
X<br />
<br />
Cet amour sans espoir m’épouvante, et pourtant<br />
C’est de lui que j’attends mes dernières ivresses.<br />
Sur l’océan calmé des lointaines tendresses<br />
Il brille, dans ma nuit, comme un phare éclatant.<br />
<br />
Vers mon désir austère il se penche, apportant<br />
Le sacrilège oubli des divines caresses,<br />
Et, dans un rêve plein de langueurs charmeresses,<br />
Il endort mon esprit douloureux et flottant.<br />
<br />
C’est un poison mortel dont se nourrit ma fièvre<br />
Et que tes yeux cruels inclinent à ma lèvre,<br />
Brûlant comme la flamme et pur comme le miel.<br />
<br />
Comme un lys vénéneux sous une aube éperdue,<br />
Ta Beauté m’enveloppe, et, voilant l’étendue,<br />
Cache à mes pieds la terre, à mes regards le ciel !<br />
<br />
<br />
XI<br />
<br />
Mon âme est comme un lac immobile et dont l’onde<br />
Sous le fouet des vents n’exhale qu’un doux bruit,<br />
Mystérieux, lointain, plaintif ; et, chaque nuit,<br />
Une image descend dans son ombre profonde.<br />
<br />
Comme l’astre d’argent qui, de sa flamme, inonde<br />
L’eau calme où, dans l’azur, son front se double et luit,<br />
Ton front pur et charmant, par mon rêve conduit,<br />
S’y penche avec l’éclat majestueux d’un monde.<br />
<br />
Le silence du soir emplit l’immensité ;<br />
Un tel recueillement me vient de ta Beauté<br />
Que j’y cède, vaincu par d’invincibles armes.<br />
<br />
Mais qu’un frisson vivant passe dans mes cheveux<br />
Le fantôme adoré se brise en mille feux<br />
Dont le scintillement brille à travers mes larmes.<br />
<br />
<br />
XII<br />
<br />
Sur le deuil de mon cœur cette ivresse flamboie<br />
D’avoir été l’élu qui meurt de ta Beauté.<br />
Aussi haut que ton vol dans l’azur indompté,<br />
J’aurai monté mon cœur pour t’en faire une proie.<br />
<br />
L’aigle désespéré qui dans l’éther se noie,<br />
Pour fixer l’astre ardent dont l’orgueil l’a tenté,<br />
Sentant dans ses yeux morts s’éteindre la clarté,<br />
Goûte dans ce martyre une sublime joie.<br />
<br />
Il ne regrette pas la paix des pics neigeux<br />
D’où son aile prudente, en ses robustes jeux,<br />
Abattait sur les plaines une large envolée.<br />
<br />
A l’aigle foudroyé le sort m’a fait pareil.<br />
Le soleil m’a brûlé, mais j’ai vu le soleil.<br />
Je meurs de ta Beauté, mais je t’ai contemplée !<br />
<br />
<br />
XIII<br />
<br />
Le chant du matin vibre à l’horizon de cuivre<br />
Et sonne le réveil à mes mornes ennuis.<br />
Car les rêves éclos au silence des nuits<br />
Dans les tracas du jour refusent de me suivre.<br />
<br />
Dans une ombre éternelle, ah ! que ne puis-je vivre<br />
N’ayant d’autre flambeau que l’éclat dont tu luis,<br />
O spectre doux et cher qui, dès l’aube, me fuis,<br />
Amour désespéré dont tout bas, je m’enivre !<br />
<br />
J’aime les soirs pareils à tes sombres cheveux<br />
Et les astres d’argent qui rendent à mes vœux<br />
Les stellaires clartés de ta pâleur divine.<br />
<br />
J’aime le soir avec ses troublantes vapeurs<br />
Où mes yeux éblouis de mirages trompeurs<br />
Retrouvent ta Beauté qu’un souvenir devine !<br />
<br />
<br />
XIV<br />
<br />
Comme un souffle se lève aux rives de la plaine<br />
Que vient battre le flot argenté des matins,<br />
S’ouvrant à l’horizon de mes Rêves lointains,<br />
Une aile de parfums m’apporte ton haleine.<br />
<br />
Et les enchantements dont toute aurore est pleine<br />
Se confondant en toi sur les cieux incertains,<br />
Ta Beauté resplendit sur les astres éteints,<br />
Comme au bûcher Troyen le fantôme d’Hélène.<br />
<br />
O Déesse, apparais et, sous ton pied vainqueur<br />
Tressailleront encor les cendres de mon cœur<br />
Pareil à la cité pour Vénus consumée.<br />
<br />
Et le sang rajeuni de mes souvenirs morts<br />
Empourprera la route où tu fuis sans remords<br />
L’inutile tourment de ceux qui t’ont aimée !<br />
<br />
<br />
XV<br />
<br />
Fuyant le ciel menteur des espérances vaines,<br />
Mes jours coulent, muets et lents comme un Léthé.<br />
Un sort inexorable a fait de ta Beauté<br />
La mer vers qui s’en va tout le sang de mes veines.<br />
<br />
Sous l’or des Paradis et l’ombre des géhennes,<br />
Il court indifférent, vers toi seule emporté,<br />
Roulant comme un torrent par les vents fouetté,<br />
D’inutiles amours et d’inutiles haines.<br />
<br />
Car le but inflexible où tend son cours vermeil,<br />
C’est ta splendeur sereine et pareille au sommeil<br />
Des océans pensifs sur leur couche de grève.<br />
<br />
Vers elle s’allanguit son flot capricieux.,<br />
Sentant descendre en soi le mirage des cieux,<br />
Sitôt que ton image y passe dans un Rêve.<br />
<br />
<br />
XVI<br />
<br />
Ta pitié vainement avait fermé l’abîme<br />
Que mon respect muet fait plus grand entre nous.<br />
La terreur de ton front fait ployer mes genoux<br />
Et mon culte tremblant a les effrois d’un crime.<br />
<br />
J’affronte la Beauté comme on tente la cime<br />
Qui garde le vertige au fond des cieux jaloux.<br />
C’est sans me rassurer que tes regards sont doux<br />
Et tu restes cruelle en étant magnanime.<br />
<br />
Je vis auprès de toi sous un charme mortel,<br />
Laissant mon cœur brûler comme sur un autel<br />
D’où montent des parfums d’encens et de cinname.<br />
<br />
Mon amour, que trahit le désir obsesseur<br />
Au néant de ses vœux goûte une âpre douceur<br />
Et, vers ta bouche en fleur, seule, s’en va mon âme.<br />
<br />
<br />
XVII<br />
<br />
Le Rêve est un ami pitoyable aux amants<br />
Qu’a trahis l’espérance et qu’a meurtris la vie.<br />
Par lui, l’image douce à mes regards ravie<br />
Est quelquefois rendue à mes enchantements.<br />
<br />
Il réveille le chœur oublié des serments<br />
Et ramène celui des heures qu’on envie,<br />
Baignant de ses clartés Celle par nous servie,<br />
Comme un ostensoir d’or plein de rayonnements !<br />
<br />
Heureux qui peut goûter quelque ivresse à ce leurre.<br />
Moi, plus désespéré, l’amour dont je te pleure<br />
Repousse loin de moi les mensonges du ciel.<br />
<br />
Quand ta pitié rapide à mon exil fait trêve,<br />
Je te revois toujours plus belle que mon Rêve<br />
Et son néant, par là, m’est rendu plus cruel !<br />
<br />
<br />
XVIII<br />
<br />
Quand vers ton front pensif le nocturne silence<br />
Monte des horizons d’or pâle et de carmin,<br />
Tout entière aux splendeurs du rêve surhumain<br />
Que l’astre aux yeux d’argent sur nos têtes balance,<br />
<br />
N’entends-tu pas la voix qui de mon cœur s’élance<br />
Et mes baisers furtifs sangloter sur ta main<br />
Et mon sang, goutte à goutte, arroser ton chemin,<br />
Comme le sang qui perle au fer nu d’une lance ?<br />
<br />
L’immensité m’est-elle, à ce point, sans pitié<br />
Que mon âme vers toi s’en aille, par moitié,<br />
L’autre ne me restant que pour souffrir et vivre,<br />
<br />
Sans même qu’à la tienne un écho fraternel<br />
Vienne conter tout bas mon tourment éternel<br />
Et que je vais mourir du mal dont je m’enivre !<br />
<br />
<br />
XIX<br />
<br />
Quand le sang des héros, de la terre trempée,<br />
Faisait jaillir des fleurs agréables aux Dieux,<br />
J’eusse aimé, dans l’orgueil des combats radieux,<br />
Tomber, en l’invoquant, sous la lame ou l’épée.<br />
<br />
Vers ton front fait pour luire au seuil d’une épopée,<br />
Nés de mon cœur viril grand ouvert sous les yeux,<br />
Des lys eussent tendu leurs rameaux glorieux,<br />
De mon souffle expirant t’eussent enveloppée !<br />
<br />
Pourquoi le temps, qui met son ombre et son affront<br />
Au grand Rêve passé, laisse-t-il donc ton front<br />
Briller d’un tel éclat que ce rêve y renaisse ?<br />
<br />
Et, rallumant en moi le désir mal dompté,<br />
Laisse-t-il refleurir dans ta noble beauté<br />
Des Dieux que j’ai servis l’immortelle jeunesse !<br />
<br />
<br />
XX<br />
<br />
L’aile rose du jour, en s’ouvrant sur la Terre,<br />
Éparpille un duvet d’or clair à l’horizon ;<br />
L’aigle a brisé son œuf et quitté sa prison.<br />
Le soleil monte aux cieux sa gloire solitaire.<br />
<br />
Il laisse l’orient, ouvert comme un cratère,<br />
Tendre encore vers lui sa rouge floraison,<br />
Et lentement s’étendre en une exhalaison<br />
De vapeurs où le vent léger se désaltère.<br />
<br />
J’ai porté, dans mon cœur à l’orient pareil,<br />
Mon amour flamboyant et pur comme un soleil<br />
Dont je fus déchiré comme, au matin, la nue.<br />
<br />
Mais, tandis qu’au levant l’horizon s’est fermé,<br />
Par d’inutiles feux mon cœur reste enflammé<br />
Et sa blessure encor, saigne béante et nue !<br />
<br />
<br />
XXI<br />
<br />
Sur le chêne où l’automne a mis ses tons de cuivre,<br />
J’ai, du bout d’un couteau, creusé profondément<br />
Ton nom pour le relire, alors qu’au ciel, bramant<br />
Le vent effeuillera la forêt comme un livre.<br />
<br />
Sur la vitre où l’hiver a mis ses fleurs de givre<br />
J’ai tracé ton nom cher avec un diamant.<br />
Pour le relire après que le jardin charmant<br />
Sous les tièdes soleils aura cessé de vivre.<br />
<br />
Sur mon cœur qui n’a pas d’automne ni d’hiver,<br />
J’ai, d’un outil plus dur que la gemme et le fer,<br />
Gravé ton nom vainqueur et, d’une telle force,<br />
<br />
Qu’il saignera toujours, lors même que le temps<br />
Aura brisé la vitre aux dessins éclatants<br />
Et de l’arbre blessé fait revivre l’écorce.<br />
<br />
<br />
XXII<br />
<br />
Comme au jardin maudit dont la pluie et le vent<br />
Ont dispersé les fleurs au sable des allées,<br />
Mon cœur, plein des débris des choses envolées,<br />
N’a gardé du passé qu’un souvenir vivant.<br />
<br />
Il est là comme un lys superbe s’élevant<br />
Parmi les lilas morts et les herbes foulées,<br />
Dernier astre des nuits naguère constellées,<br />
Dernier lambeau du Rêve autrefois triomphant.<br />
<br />
Au profond de mon être a plongé sa racine ;<br />
Qui veut l’en arracher doit briser ma poitrine.<br />
Bien que pâle, il est fait du meilleur de ma chair.<br />
<br />
Le souffle qui le doit faucher d’un grand coup d’aile<br />
Ouvrant enfin les yeux à mon âme fidèle,<br />
Leur apprendra ton nom sacré, cruel et cher !<br />
<br />
<br />
XXIII<br />
<br />
Vers quel infini tend ta Beauté, qu’elle prenne<br />
A chaque jour nouveau des traits plus éclatants ?<br />
Comme un sculpteur épris de son œuvre, le temps,<br />
Sans relâche, en poursuit la grâce souveraine.<br />
<br />
Plus grand, l’orgueil du lys fleurit ton front de Reine ;<br />
Plus pur, dans tes yeux luit l’or des astres flottants ;<br />
Et, sur ton col plus lier, en frissons palpitants,<br />
L’ombre de tes cheveux, plus jalouse, se traîne.<br />
<br />
On dirait qu’en toi seule, enfin, s’est résumé<br />
Tout ce que les regards des mortels ont aimé<br />
Depuis qu’un souvenir des Dieux hante la terre.<br />
<br />
En Toi seule revit l’immortelle splendeur.<br />
Hélas ! Et j’en ai pu mesurer la grandeur<br />
Au deuil qu’elle a laissé dans mon cœur solitaire !<br />
<br />
<br />
XXIV<br />
<br />
Si tu cherches pourquoi mon triste amour s’augmente<br />
De tous les désespoirs que me font tes mépris ;<br />
Si tu cherches pourquoi tout m’est vide et sans prix,<br />
Sauf l’inutile espoir qui, sans fin, me tourmente ;<br />
<br />
Si tu cherches pourquoi toujours je me lamente,<br />
Comme un cygne blessé trouble l’air de ses cris ;<br />
Si tu cherches pourquoi tes yeux cruels m’ont pris<br />
Jusqu’au lâche bonheur d’aimer une autre amante ;<br />
<br />
Je te dirai : c’est toi qui m’appris la Beauté !<br />
J’en ignorais l’orgueil et la divinité<br />
Avant que d’avoir vu ton radieux visage.<br />
<br />
Oui, c’est toi qui m’appris l’idéal sans retour.<br />
Mon esprit s’est ouvert sur ton image, un jour.<br />
Mes yeux se fermeront, un jour, sur ton image !<br />
<br />
<br />
XXV<br />
<br />
Portant d’un cœur plus doux ma douleur plus profonde,<br />
Je veux dire mon mal si bas que mes sanglots,<br />
En mourant à tes pieds comme le bruit des flots,<br />
Te rappellent encor les caresses de l’onde.<br />
<br />
Qu’ils ramènent vers toi l’image vagabonde<br />
De ta mer souriante à l’horizon d’îlots<br />
Et du jardin de fleurs où l’argent des bouleaux<br />
Frissonne doucement avant que le vent gronde.<br />
<br />
Je veux dire si bas la peine dont je meurs,<br />
Que sa plainte se mêle aux lointaines rumeurs<br />
Dont, par les soirs d’été, ton oreille est charmée.<br />
<br />
Je veux que de mes pleurs le murmure soit tel<br />
Que, sans y deviner mon tourment immortel,<br />
D’un immortel amour tu te sentes aimée !<br />
<br />
<br />
XXVI<br />
<br />
Ne cherchant d’autre bien que d’aimer sans salaire,<br />
J’en goûte sans espoir l’amère volupté,<br />
Laissant saigner mon cœur aux pieds de ta Beauté,<br />
Prêt à l’ouvrir plus grand si cela doit le plaire.<br />
<br />
Tu peux donc le souffrir sans crainte et sans colère,<br />
Ce triste amour qui borne aujourd’hui sa fierté<br />
A regarder, de l’ombre où tu l’as rejeté,<br />
Rayonner de ton front l’auréole stellaire.<br />
<br />
Un dernier honneur reste à mon lâche tourment :<br />
C’est de ne pas troubler de mon gémissement<br />
L’olympique repos où se plaît ta pensée.<br />
<br />
Sans implorer de toi l’aumône d’un souci,<br />
Je porterai, du moins, sans demander merci,<br />
L’immortelle douleur de mon âme blessée !<br />
<br />
<br />
XXVII<br />
<br />
Comme un ruisseau d’argent par les fentes d’une urne<br />
Dont l’usure a mordu l’épaisseur par endroits,<br />
La stellaire clarté filtre aux sombres parois<br />
Qui ferment nos regards sur la voûte nocturne.<br />
<br />
Tandis qu’à l’horizon Sirius et Saturne,<br />
De flammes couronnés, montent comme deux Rois,<br />
Celle qui, dès longtemps, met mon cœur sur la croix<br />
M’apparaît lentement dans l’ombre taciturne.<br />
<br />
Sous les feux amortis des astres fraternels,<br />
Ton image revêt les aspects éternels<br />
Qui m’ont fait le captif éternel de tes charmes.<br />
<br />
Le soir, plus que ton âme à mon Rêve clément,<br />
Te rend, cruelle absente, à mes enchantements<br />
Et, d’un souffle attendri, dans mes yeux boit mes larmes.<br />
<br />
<br />
XXVIII<br />
<br />
Pour mon âme en toi renaîtront<br />
Tous les biens que le temps emporte.<br />
Quand l’âme des lys sera morte,<br />
Je la chercherai sur ton front.<br />
<br />
Des jours pour défier l’affront<br />
Je sens ma tendresse assez forte ;<br />
Je t’aime d’une telle sorte<br />
Qu’en toi tous mes jours revivront.<br />
<br />
Meure donc la pourpre des roses !<br />
D’immortelles métamorphoses<br />
A tes lèvres mettront leur sang !<br />
<br />
Car, ô Beauté, fleur solitaire,<br />
Il faut qu’enfin, pour Toi, la Terre,<br />
Jusqu’au bout épuise son flanc !<br />
<br />
<br />
XXIX<br />
<br />
L’or des astres perdus habite les prunelles ;<br />
L’âme des Dieux partis a ton sein pour tombeau ;<br />
Les cieux jaloux voudraient ton regard pour flambeau ;<br />
Ta splendeur fait envie aux gloires éternelles.<br />
<br />
L’antique souvenir s’épanouit en elles<br />
De tout ce qui fut grand, de tout ce qui fut beau.<br />
Au vent de tes cheveux flotte encore un lambeau<br />
Des visions d’antan blanches et solennelles !<br />
<br />
Je ne t’ai pas maudite au jour de l’abandon.<br />
Ton mal, pareil au mien, t’a valu le pardon.<br />
Si tu m’as fait proscrit je te sais exilée.<br />
<br />
Le même sort, pesant sur nos cœurs asservis,<br />
Met ta Patrie ailleurs et la mienne où tu vis,<br />
Et nôtre âme, à tous deux, demeure inconsolée.<br />
<br />
<br />
XXX<br />
<br />
Vers le déclin viril de mes jeunes années,<br />
J’ai marché sans regret, sentant se consumer<br />
En d’inutiles feux ma puissance d’aimer ;<br />
Car tes lèvres se sont, des miennes, détournées.<br />
<br />
J’ai vu, comme des fleurs loin du soleil fanées,<br />
Mes tendresses sans but lentement se fermer<br />
Et mon cœur sans espoir pas à pas s’abîmer<br />
Dans l’ombre qui confond les choses condamnées.<br />
<br />
Aujourd’hui je suis vieux, mais je ne me plains pas<br />
D’avoir jeté mon être en poussière à tes pas.<br />
Cet orgueil me suffit de t’avoir bien servie.<br />
<br />
Mon amour impayé ne te réclame rien.<br />
Je mourrai satisfait, car ta Beauté vaut bien<br />
Qu’on immole à ses pieds le meilleur de sa vie.<br />
<br />
<br />
XXXI<br />
<br />
Un tel enchaînement enveloppe ton être,<br />
Tyrannique et subtil comme un parfum léger,<br />
Et qui semble, sur Toi, doucement voltiger<br />
Que, rien qu’à t’approcher, sa douceur me pénètre.<br />
<br />
Sur chacun de tes pas quelque fleur semble naître<br />
Des mystiques jardins où l’esprit va songer,<br />
Quand le Rêve l’emporte et le fait voyager<br />
Vers les cieux inconnus qu’il a cru reconnaître.<br />
<br />
D’où ce charme éperdu vient-il à ta Beauté ?<br />
De ton âme ou d’un monde autrefois habité ?<br />
De Toi-même ou du chœur des choses enivrées ?<br />
<br />
On dirait que pour Toi seule leur grâce vit<br />
Et que l’Amour tremblant de tout ce qui te vit<br />
Chante et palpite autour de tes formes sacrées !<br />
<br />
<br />
XXXII<br />
<br />
O lâcheté d’un cœur pourtant las de souffrir !<br />
Révolte sans honneur de mon âme éperdue !<br />
Avant qu’à mes regrets ta pitié m’eût rendue,<br />
Je te le dis tout bas : j’avais peur de mourir !<br />
<br />
Sous l’adieu du soleil la fleur peut se flétrir,<br />
Enfermant dans son sein la caresse attendue.<br />
A mon fidèle amour la grâce était bien due<br />
De te revoir encore et mon ciel s’attendrir.<br />
<br />
Maintenant que j’ai bu, dans tes yeux sans colère,<br />
— De mon long souvenir, cher et tardif salaire, —<br />
Le viatique doux dont j’étais altéré,<br />
<br />
Mon âme peut partir pour sa route éternelle,<br />
Portant, comme l’étoile, un feu qui brûle en elle<br />
Et dont rien n’éteindra l’embrasement sacré.<br />
<br />
<br />
XXXIII<br />
<br />
Comme une feuille morte à ta robe attachée,<br />
Qui crie en se brisant aux sables du chemin,<br />
Mon cœur que de la vie a détaché ta main<br />
Exhale sur tes pas une plainte cachée.<br />
<br />
Sur lui, sans le flétrir, l’automne s’est penchée,<br />
Teignant les bois obscurs d’or pâle et de carmin ;<br />
Palpitant et captif d’un rêve surhumain,<br />
Il a suivi la route obstinément cherchée.<br />
<br />
Jaloux de sa torture, épris de son tourment.<br />
Le temps s’est à son mal acharné vainement<br />
Et l’épine épuisa sa morsure savante.<br />
<br />
Déchiré par la ronce, il a longtemps saigné<br />
Avant que, jusqu’à lui, ton regard ait daigné<br />
Détourner un instant sa pitié triomphante.<br />
<br />
<br />
XXXIV<br />
<br />
Dans la poussière fauve où l’horizon se noie,<br />
Où se perd le dernier rayon du jour penchant,<br />
Mêlant sa chère flamme aux flammes du couchant,<br />
Ton beau regard parfois sur mon Rêve flamboie.<br />
<br />
Est-ce un adieu lointain que ta pitié m’envoie<br />
Du ciel où mon espoir lassé va te cherchant ?<br />
Mais dans mon cœur ouvert il laisse, en le touchant,<br />
Une mélancolique et douloureuse joie !<br />
<br />
Vers les rives du ciel qu’on ne distingue plus<br />
La lumière qu’emporte un rythmique reflux<br />
De son écume d’or éclabousse la nue,<br />
<br />
Battant la poupe en feu du vaisseau de clarté<br />
Où, sous un dais d’azur, m’apparaît ta Beauté<br />
Qui de mon triste amour enfin s’est souvenue !<br />
<br />
<br />
XXXV<br />
<br />
Le grand lac solitaire où l’image des cieux<br />
Descend et resplendit au fond de l’eau dormante,<br />
En vain, pour retenir la vision charmante,<br />
Ploie, ainsi que des bras, ses roseaux gracieux.<br />
<br />
Des astres éternels le vol silencieux<br />
Passe, sans l’échauffer dans son sein qu’il tourmente.<br />
Et c’est pourquoi sa voix, dans la Nuit, se lamente<br />
De n’enfermer en soi qu’un reflet captieux<br />
<br />
Pareille au flot pensif, mon âme porte en elle<br />
Comme celle des cieux une image éternelle<br />
Depuis que sur mes jours ton front s’est incliné.<br />
<br />
Elle pleure, sentant qu’une plus longue route<br />
La sépare de Toi que la nocturne voûte<br />
Du grand lac, point d’argent dans l’infini perdu !<br />
<br />
<br />
XXXVI<br />
<br />
Comme un cygne blessé monte d’un vol plus lent<br />
Traînant un point de pourpre aux blancheurs de sa plume,<br />
Le jour d’hiver se lève, et, sur son flanc s’allume<br />
Un soleil sans rayon fait comme un trou sanglant.<br />
<br />
En vain, pour l’égarer dans son chemin troublant,<br />
Les gloires du zénith s’enveloppent de brume ;<br />
Comme au toucher des flots un fer rouge qui fume<br />
Dans l’océan des cieux il s’enfonce brûlant.<br />
<br />
Le feu de son désir le consumant sans trêve,<br />
Découronné du monde immortel de son Rêve,<br />
A l’astre incandescent mon cœur triste est pareil.<br />
<br />
Vers la cime farouche où la Beauté recule<br />
Il tend, perdu dans les pâleurs d’un crépuscule,<br />
Douloureux et saignant sur son chemin vermeil.<br />
<br />
<br />
XXXVII<br />
<br />
Le mal, en effleurant ta Beauté, l’a parée<br />
Et d’un charme allangui ravivé ta pâleur ;<br />
Car à tout ici-bas, jusques à la douleur,<br />
Comme un bien sans pareil la splendeur est sacrée.<br />
<br />
De toi — fléau clément — elle s’est retirée<br />
— Telle qu’aux jours d’été l’orage laisse un pleur<br />
Comme un pur diamant aux cimes d’une fleur —<br />
Rajeunissant ton front d’une larme égarée.<br />
<br />
La souffrance est pareille à la flamme des cieux<br />
Qui brûle tout, hormis les métaux précieux<br />
Que rajeunit le temps en ses métamorphoses.<br />
<br />
Telle elle aura passé sur ton front triomphant<br />
Que des Dieux immortels le souvenir défend,<br />
Et qu’adore tout bas l’amour vague des choses.<br />
<br />
<br />
XXXVIII<br />
<br />
Tes yeux ont des langueurs divines où s’émousse<br />
Le désir immortel dont je suis consumé.<br />
Oubliant l’âpre ardeur dont jadis je t’aimai,<br />
Ma tendresse pour toi se fait sereine et douce.<br />
<br />
Le flot est moins amer qui sur tes pas me pousse ;<br />
C’est à tes pieds qu’il meurt impuissant et pâmé,<br />
Et j’y voudrais coucher mon amour désarmé<br />
Comme un vivant lapis dont Mai fleurit la mousse.<br />
<br />
Mais, pour se moins trahir, il n’est que plus profond<br />
Le mal délicieux que tes regards me font<br />
Quand leur charme mourant me trouble et me pénètre.<br />
<br />
Plus je me sens vaincu, mieux je me sens à toi,<br />
Plus sur mon front dompté je sens peser la loi<br />
Qui fit mon être obscur l’esclave de ton Être !<br />
<br />
<br />
XXXIX<br />
<br />
Je suis resté près de ta porte,<br />
Triste, solitaire et rêvant ;<br />
Telle une feuille que le vent<br />
Au pied d’un lys en fleur apporte.<br />
<br />
Elle y demeure, chose morte,<br />
Sans que, du calice vivant,<br />
Un pleur de l’aube l’abreuvant<br />
Se détache et la réconforte.<br />
<br />
J’ai quitté ton seuil bien-aimé,<br />
Sans que mon cœur fût ranimé<br />
Par un sourire de ta bouche.<br />
<br />
Et pourtant mon espoir défunt<br />
Y conserve encor le parfum<br />
Qu’on prend à tout ce qui te touche.<br />
<br />
<br />
XL<br />
<br />
Lorsque la mort viendra me toucher de son aile,<br />
Je veux que, se penchant sur moi, ton front divin<br />
Verse à mon cœur troublé, comme un généreux vin,<br />
La force d’affronter cette heure solennelle.<br />
<br />
Elle m’apparaîtra douce et portant en elle<br />
Tous les biens qu’ici-bas j’avais cherchés en vain,<br />
Et mon âme, arrachée au terrestre levain,<br />
Montera, blanche hostie, à sa route éternelle.<br />
<br />
Sous le rayonnement de ta chère Beauté,<br />
Mes yeux se fermeront sur le rêve enchanté<br />
D’un paradis ouvert devant mes destinées.<br />
<br />
Sur mon sein sans haleine on posera les fleurs,<br />
Comme moi-même alors pâles et sans couleurs<br />
Que tu pris sur ton sein et que tu m’as données !]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[Sur un album]]></title>
			<link>https://sonett-archiv.com/forum/showthread.php?tid=10163</link>
			<pubDate>Wed, 24 Nov 2010 10:47:30 +0000</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="https://sonett-archiv.com/forum/member.php?action=profile&uid=1">ZaunköniG</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">https://sonett-archiv.com/forum/showthread.php?tid=10163</guid>
			<description><![CDATA[Sur un album<br />
<br />
<br />
 <br />
LE temps emporte d’un coup d’aile<br />
Et, sans les compter, nos instants ;<br />
Seuls, une heure, de temps en temps,<br />
Nous laisse un doux souvenir d’elle.<br />
<br />
Chaque jour, dans le cœur fidèle,<br />
Fait revivre ses traits flottants,<br />
Comme on revoit chaque printemps<br />
Fleurir les tombes d’asphodèle.<br />
<br />
Il suffît souvent d’une main<br />
Qui se tend sur votre chemin<br />
Et vous quitte à peine pressée ;<br />
<br />
Il suffit de moins quelquefois,<br />
D’un regard ou d’un son de voix,<br />
Pour charmer longtemps la pensée.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[Sur un album<br />
<br />
<br />
 <br />
LE temps emporte d’un coup d’aile<br />
Et, sans les compter, nos instants ;<br />
Seuls, une heure, de temps en temps,<br />
Nous laisse un doux souvenir d’elle.<br />
<br />
Chaque jour, dans le cœur fidèle,<br />
Fait revivre ses traits flottants,<br />
Comme on revoit chaque printemps<br />
Fleurir les tombes d’asphodèle.<br />
<br />
Il suffît souvent d’une main<br />
Qui se tend sur votre chemin<br />
Et vous quitte à peine pressée ;<br />
<br />
Il suffit de moins quelquefois,<br />
D’un regard ou d’un son de voix,<br />
Pour charmer longtemps la pensée.]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[La Vierge de cire]]></title>
			<link>https://sonett-archiv.com/forum/showthread.php?tid=10162</link>
			<pubDate>Wed, 24 Nov 2010 10:47:06 +0000</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="https://sonett-archiv.com/forum/member.php?action=profile&uid=1">ZaunköniG</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">https://sonett-archiv.com/forum/showthread.php?tid=10162</guid>
			<description><![CDATA[La Vierge de cire<br />
<br />
<br />
 <br />
SOUS la calme splendeur de son front ingénu<br />
Quelle pensée habile ou quel rêve sommeille ?<br />
On croirait voir encor sur sa bouche vermeille<br />
Un mystique sourire imprégné d’inconnu.<br />
<br />
Le col harmonieux se dresse, pur et nu,<br />
Sous la nuque arrondie aux gerbes d’or pareille.<br />
Un cantique lointain charme-t-il son oreille ?<br />
Jamais son cœur glacé ne s’est-il souvenu ?<br />
<br />
Sous le charme allangui de sa pâleur de cierge,<br />
Ce n’est pas une sœur de la robuste vierge<br />
Qu’enferma Sanzio dans un rêve immortel.<br />
<br />
Je la croirais plutôt fille de la Joconde<br />
Dont Léonard laissa cette image profonde<br />
Que semble envelopper l’encens sur un autel.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[La Vierge de cire<br />
<br />
<br />
 <br />
SOUS la calme splendeur de son front ingénu<br />
Quelle pensée habile ou quel rêve sommeille ?<br />
On croirait voir encor sur sa bouche vermeille<br />
Un mystique sourire imprégné d’inconnu.<br />
<br />
Le col harmonieux se dresse, pur et nu,<br />
Sous la nuque arrondie aux gerbes d’or pareille.<br />
Un cantique lointain charme-t-il son oreille ?<br />
Jamais son cœur glacé ne s’est-il souvenu ?<br />
<br />
Sous le charme allangui de sa pâleur de cierge,<br />
Ce n’est pas une sœur de la robuste vierge<br />
Qu’enferma Sanzio dans un rêve immortel.<br />
<br />
Je la croirais plutôt fille de la Joconde<br />
Dont Léonard laissa cette image profonde<br />
Que semble envelopper l’encens sur un autel.]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[Rencontre]]></title>
			<link>https://sonett-archiv.com/forum/showthread.php?tid=10161</link>
			<pubDate>Wed, 24 Nov 2010 10:46:32 +0000</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="https://sonett-archiv.com/forum/member.php?action=profile&uid=1">ZaunköniG</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">https://sonett-archiv.com/forum/showthread.php?tid=10161</guid>
			<description><![CDATA[Rencontre<br />
<br />
<br />
 <br />
À OGIER D’IVRY<br />
<br />
<br />
AVEC ses grands yeux noirs et sa bouche de mûre,<br />
Et de ses lourds cheveux la nocturne toison,<br />
Elle a mis dans mon cœur l’effroyable poison<br />
Dont on aime à souffrir malgré qu’on en murmure.<br />
<br />
Astre pâle qu’on voit à travers la ramure<br />
D’un seul rayon, sa flamme a fondu ma raison.<br />
O Femme épanouie en pleine floraison !<br />
O vendange d’amour, ô belle vigne mûre !<br />
<br />
Comme un ressuscité que grisaient tes parfums<br />
J’ai senti le relent de mes amours défunts<br />
Remonter moins amers à mes lèvres pâlies.<br />
<br />
Et, sous l’effarement de ta fière beauté,<br />
Sans vœux et sans espoir, mon esprit s’est jeté<br />
Dans un lac d’amertume et de mélancolie.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[Rencontre<br />
<br />
<br />
 <br />
À OGIER D’IVRY<br />
<br />
<br />
AVEC ses grands yeux noirs et sa bouche de mûre,<br />
Et de ses lourds cheveux la nocturne toison,<br />
Elle a mis dans mon cœur l’effroyable poison<br />
Dont on aime à souffrir malgré qu’on en murmure.<br />
<br />
Astre pâle qu’on voit à travers la ramure<br />
D’un seul rayon, sa flamme a fondu ma raison.<br />
O Femme épanouie en pleine floraison !<br />
O vendange d’amour, ô belle vigne mûre !<br />
<br />
Comme un ressuscité que grisaient tes parfums<br />
J’ai senti le relent de mes amours défunts<br />
Remonter moins amers à mes lèvres pâlies.<br />
<br />
Et, sous l’effarement de ta fière beauté,<br />
Sans vœux et sans espoir, mon esprit s’est jeté<br />
Dans un lac d’amertume et de mélancolie.]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[Vieille maison]]></title>
			<link>https://sonett-archiv.com/forum/showthread.php?tid=10160</link>
			<pubDate>Wed, 24 Nov 2010 10:46:06 +0000</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="https://sonett-archiv.com/forum/member.php?action=profile&uid=1">ZaunköniG</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">https://sonett-archiv.com/forum/showthread.php?tid=10160</guid>
			<description><![CDATA[Vieille maison<br />
<br />
<br />
 <br />
DANS le vieil hôtel catholique<br />
J’aime surtout la grande cour<br />
Où veille un fantôme de tour<br />
Sur lequel un lierre s’applique.<br />
<br />
Un platane mélancolique<br />
Y garde avec un vague amour<br />
Une urne à l’austère contour<br />
Où dort, sans doute, une relique<br />
<br />
Dans sa niche aux coins vermoulus<br />
La vieille Pomone n’a plus<br />
De fruits à sa tête meurtrie.<br />
<br />
Et l’âme des siècles défunts<br />
Flotte là parmi les parfums<br />
De mainte rose défleurie !]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[Vieille maison<br />
<br />
<br />
 <br />
DANS le vieil hôtel catholique<br />
J’aime surtout la grande cour<br />
Où veille un fantôme de tour<br />
Sur lequel un lierre s’applique.<br />
<br />
Un platane mélancolique<br />
Y garde avec un vague amour<br />
Une urne à l’austère contour<br />
Où dort, sans doute, une relique<br />
<br />
Dans sa niche aux coins vermoulus<br />
La vieille Pomone n’a plus<br />
De fruits à sa tête meurtrie.<br />
<br />
Et l’âme des siècles défunts<br />
Flotte là parmi les parfums<br />
De mainte rose défleurie !]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[Départ]]></title>
			<link>https://sonett-archiv.com/forum/showthread.php?tid=10159</link>
			<pubDate>Wed, 24 Nov 2010 10:45:43 +0000</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="https://sonett-archiv.com/forum/member.php?action=profile&uid=1">ZaunköniG</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">https://sonett-archiv.com/forum/showthread.php?tid=10159</guid>
			<description><![CDATA[Départ<br />
<br />
<br />
 <br />
QUE la route vous soit fleurie,<br />
Pleine de parfums et de chants,<br />
Vous qui sur les coteaux penchants<br />
Allez cueillir la Rêverie.<br />
<br />
Que la Nature vous sourie,<br />
Vous donnant l’oubli des méchants,<br />
Et puisse être la clef des champs<br />
Légère à votre main chérie.<br />
<br />
Moi je demeure et me souviens ;<br />
Car ils sont loin de moi les biens<br />
Dont le temps a brisé la trame.<br />
<br />
En fuyant vers un ciel plus beau,<br />
Gardez la moitié de mon âme.<br />
— L’autre est déjà dans le tombeau !]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[Départ<br />
<br />
<br />
 <br />
QUE la route vous soit fleurie,<br />
Pleine de parfums et de chants,<br />
Vous qui sur les coteaux penchants<br />
Allez cueillir la Rêverie.<br />
<br />
Que la Nature vous sourie,<br />
Vous donnant l’oubli des méchants,<br />
Et puisse être la clef des champs<br />
Légère à votre main chérie.<br />
<br />
Moi je demeure et me souviens ;<br />
Car ils sont loin de moi les biens<br />
Dont le temps a brisé la trame.<br />
<br />
En fuyant vers un ciel plus beau,<br />
Gardez la moitié de mon âme.<br />
— L’autre est déjà dans le tombeau !]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[Mai]]></title>
			<link>https://sonett-archiv.com/forum/showthread.php?tid=10158</link>
			<pubDate>Wed, 24 Nov 2010 10:45:08 +0000</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="https://sonett-archiv.com/forum/member.php?action=profile&uid=1">ZaunköniG</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">https://sonett-archiv.com/forum/showthread.php?tid=10158</guid>
			<description><![CDATA[Mai<br />
<br />
<br />
 <br />
MAI passe dans les champs comme un enfant de chœur,<br />
De ses petites mains versant avec délices,<br />
Dans les grands lys ouverts ainsi que des calices,<br />
Des larmes du matin la céleste liqueur.<br />
<br />
Devant l’ostensoir d’or que le soleil vainqueur<br />
Dresse sous le dais bleu du ciel aux azurs lisses<br />
Comme un enfant de chœur sous ses blanches pelisses<br />
Mai s’agenouille et chante un doux hymne à plein cœur.<br />
<br />
Des roses qu’entr’ouvrit le zéphir qui les frôle,<br />
Ainsi qu’un encensoir balançant la corolle,<br />
Il mêle des parfums à l’haleine des chants.<br />
<br />
Du renouveau divin célébrant le mystère,<br />
D’hozannas et d’encens enveloppant la terre,<br />
Comme un enfant de chœur Mai passe dans les champs !]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[Mai<br />
<br />
<br />
 <br />
MAI passe dans les champs comme un enfant de chœur,<br />
De ses petites mains versant avec délices,<br />
Dans les grands lys ouverts ainsi que des calices,<br />
Des larmes du matin la céleste liqueur.<br />
<br />
Devant l’ostensoir d’or que le soleil vainqueur<br />
Dresse sous le dais bleu du ciel aux azurs lisses<br />
Comme un enfant de chœur sous ses blanches pelisses<br />
Mai s’agenouille et chante un doux hymne à plein cœur.<br />
<br />
Des roses qu’entr’ouvrit le zéphir qui les frôle,<br />
Ainsi qu’un encensoir balançant la corolle,<br />
Il mêle des parfums à l’haleine des chants.<br />
<br />
Du renouveau divin célébrant le mystère,<br />
D’hozannas et d’encens enveloppant la terre,<br />
Comme un enfant de chœur Mai passe dans les champs !]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[Souvenir de Jacquemart]]></title>
			<link>https://sonett-archiv.com/forum/showthread.php?tid=10157</link>
			<pubDate>Wed, 24 Nov 2010 10:44:40 +0000</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="https://sonett-archiv.com/forum/member.php?action=profile&uid=1">ZaunköniG</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">https://sonett-archiv.com/forum/showthread.php?tid=10157</guid>
			<description><![CDATA[Souvenir de Jacquemart<br />
<br />
<br />
 <br />
GRAND artiste couché sous la terre éplorée,<br />
Vaincu frappé debout sous la pierre étendu,<br />
Rêveur déchu du haut de ton rêve éperdu,<br />
Je veux chanter envers ta mémoire sacrée.<br />
<br />
L’outil dur des graveurs dans la main inspirée,<br />
Comme un stylet de feu vers l’idéal tendu,<br />
De l’âpre vérité fouillant le ciel ardu,<br />
Y traça dans l’art pur, une route ignorée.<br />
<br />
Ton pinceau si léger qu’on l’aurait cru mouillé<br />
Des seuls pleurs du malin sous le bois effeuillé<br />
Fit revivre l’azur dans sa clarté première.<br />
<br />
Interprète immortel du charme aérien,<br />
Dans l’ombre descendu si ton corps n’est plus rien,<br />
Ton œuvre te survit tout baigné de lumière.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[Souvenir de Jacquemart<br />
<br />
<br />
 <br />
GRAND artiste couché sous la terre éplorée,<br />
Vaincu frappé debout sous la pierre étendu,<br />
Rêveur déchu du haut de ton rêve éperdu,<br />
Je veux chanter envers ta mémoire sacrée.<br />
<br />
L’outil dur des graveurs dans la main inspirée,<br />
Comme un stylet de feu vers l’idéal tendu,<br />
De l’âpre vérité fouillant le ciel ardu,<br />
Y traça dans l’art pur, une route ignorée.<br />
<br />
Ton pinceau si léger qu’on l’aurait cru mouillé<br />
Des seuls pleurs du malin sous le bois effeuillé<br />
Fit revivre l’azur dans sa clarté première.<br />
<br />
Interprète immortel du charme aérien,<br />
Dans l’ombre descendu si ton corps n’est plus rien,<br />
Ton œuvre te survit tout baigné de lumière.]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[AMOUR D’HIVER (7)]]></title>
			<link>https://sonett-archiv.com/forum/showthread.php?tid=10156</link>
			<pubDate>Wed, 24 Nov 2010 10:38:03 +0000</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="https://sonett-archiv.com/forum/member.php?action=profile&uid=1">ZaunköniG</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">https://sonett-archiv.com/forum/showthread.php?tid=10156</guid>
			<description><![CDATA[AMOUR D’HIVER <br />
(Auszüge)<br />
<br />
<br />
Prélude<br />
<br />
<br />
 <br />
ÊTES-VOUS femme, êtes-vous ange ?<br />
Ou votre nom mentit deux fois,<br />
O charmeresse dont la voix<br />
Tinte avec une grâce étrange ?<br />
<br />
Vos yeux dont le bleu divin change<br />
Comme celui des fleurs des bois<br />
Jettent, dans les cœurs aux abois,<br />
De crainte et d’espoir un mélange.<br />
<br />
De tous je ne sais rien vraiment.<br />
Peut être êtes-vous simplement,<br />
Comme les autres, une femme.<br />
<br />
Mais je vous cherche et je vous crains,<br />
Tant vos airs doux et souverains<br />
M’ont troublé jusqu’au fond de l’âme !<br />
<br />
<br />
<br />
 ***<br />
<br />
Il me semble parfois que je t’ai reconnue,<br />
Tant tu sembles pareille à mon Rêve immortel.<br />
Tu m’apparus jadis sur quelque antique autel,<br />
Où rayonnait Vénus éblouissante et nue.<br />
<br />
Des cieux doux et lointains d’où mon âme est venue<br />
Tu redescends ainsi qu’un astre fraternel,<br />
Fantôme radieux, souvenir éternel<br />
Des chères visions écloses sous la nue !<br />
<br />
Tu m’as rendu vivant le type radieux<br />
De la femme pareille à l’image des Dieux,<br />
Et que doit adorer quiconque ne blasphème.<br />
<br />
Mon premier idéal s’incarne en ta Beauté.<br />
Dès longtemps j’ai connu ta grâce et ta fierté.<br />
Et, depuis que j’aimais, c’est Toi seule que j’aime !<br />
<br />
                      ***<br />
<br />
Il n’est de jours heureux que ceux où je te vois.<br />
Tous les autres pourraient s’effacer de ma vie,<br />
Sans que d’un seul regret leur lenteur fût suivie<br />
Vivre c’est te revoir ! C’est entendre la voix !<br />
<br />
C’est respirer, plus doux que le souffle des bois,<br />
Le souffle de ta lèvre où mon âme est ravie ;<br />
C’est mourir lentement sous l’implacable envie<br />
De poser les pieds nus sur mon cœur aux abois.<br />
<br />
Tout le reste n’est plus que mensonge et fumée.<br />
L’univers se résume en Toi, ma bien-aimée.<br />
Ma terre est sur ta bouche et mon ciel dans tes yeux !<br />
En Toi seule commence et finit tout mon rêve.<br />
Ton regard me le rend ; ton sourire l’achève,<br />
Et, dans les bras, je sens en moi l’âme des Dieux !<br />
<br />
                      ***<br />
<br />
<br />
Je te revois enfant, — comme tu m’as conté, —<br />
A la fleur des pavots, comme des fleurs pareilles,<br />
Mêlant le rouge éclat de tes lèvres vermeilles,<br />
Brune dans l’or des blés qu’avait jaunis l’été.<br />
<br />
Je te revois enfant, dans la folle gaîté<br />
Des vendanges, buvant le sang tiède des treilles,<br />
Et puis, l’hiver venu, durant les longues veilles,<br />
Réveillant le foyer de ton rire argenté.<br />
<br />
Je recueille avec toi, comme des fleurs fanées,<br />
Les souvenirs charmants de tes jeunes années<br />
Et, dans mon cœur pieux, je les garde à mon tour.<br />
<br />
Plus loin que le présent remonte ma tendresse,<br />
Et j’envie au passé jusques à la caresse<br />
Dont t’entourait jadis le paternel amour.<br />
<br />
                      ***<br />
<br />
<br />
Tu ne sauras jamais de quelle amour profonde<br />
T’aime ce triste cœur que je croyais fermé,<br />
Trépassé que tes yeux divins ont ranimé,<br />
Rouvrant sur lui l’azur et la lumière blonde.<br />
<br />
Ta beauté comme une aube y fait surgir un monde<br />
Étincelant et clair, sous un ciel enflammé.<br />
Telle on dit que Vénus sur l’univers charmé<br />
Resplendit en sortant des bras amers de l’onde.<br />
<br />
Je me croyais heureux, ayant enfin dompté<br />
Le désir qui nous jette aux pieds de la beauté<br />
Et nous met dans le cœur la torture suprême.<br />
<br />
J’étais fou ! rien ne vaut cet immortel tourment<br />
Qui me vient de ton Être et cruel et charmant.<br />
Si je souffre pour toi qu’importe : du moins j’aime !<br />
<br />
                      ***<br />
<br />
<br />
Pourquoi m’avoir donné ce que tu m’as repris ?<br />
C'est d’un cœur moins léger et plus sûr de soi-même<br />
Qu’on devrait seulement dire ces mois : je t’aime !<br />
Les plus sacrés de tous à qui connaît leur prix.<br />
<br />
Qui les traite en ce monde avec un tel mépris<br />
Est infâme et qui ment, en les disant, blasphème.<br />
Pourquoi m’avoir donné cette ivresse suprême<br />
Pour l’arracher après de mon cœur trop épris ?<br />
Va ! je ne t’en veux pas. D’un bonheur éphémère<br />
Je porte le regret et la mémoire amère<br />
D’un cœur ferme et que rien ne peut faire ployer.<br />
<br />
Qu’importe qu’en saignant ma blessure se creuse !<br />
Je ne veux rien de toi que que te savoir heureuse<br />
Et ne demande rien au temps que d’oublier !<br />
<br />
                      ***<br />
<br />
<br />
Et comment serais-je rebelle<br />
A ses regrets, à ses serments ?<br />
Double secret de mes tourments :<br />
Je suis lâche autant qu’elle est belle !<br />
<br />
Mais ne crois pas, au moins, cruelle<br />
Que je ne sache que tu mens.<br />
O les misérables amants !<br />
Oh ! la trahison mutuelle !<br />
<br />
En te revenant, je le sais,<br />
Je cours à des maux insensés.<br />
Tu le veux ! j’obéis. Qu’importe !<br />
<br />
Puisqu’il faut à ton pied vainqueur,<br />
Pour le meurtrir encore, un cœur,<br />
Prends le mien, je te le rapporte !<br />
<br />
                      ***]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[AMOUR D’HIVER <br />
(Auszüge)<br />
<br />
<br />
Prélude<br />
<br />
<br />
 <br />
ÊTES-VOUS femme, êtes-vous ange ?<br />
Ou votre nom mentit deux fois,<br />
O charmeresse dont la voix<br />
Tinte avec une grâce étrange ?<br />
<br />
Vos yeux dont le bleu divin change<br />
Comme celui des fleurs des bois<br />
Jettent, dans les cœurs aux abois,<br />
De crainte et d’espoir un mélange.<br />
<br />
De tous je ne sais rien vraiment.<br />
Peut être êtes-vous simplement,<br />
Comme les autres, une femme.<br />
<br />
Mais je vous cherche et je vous crains,<br />
Tant vos airs doux et souverains<br />
M’ont troublé jusqu’au fond de l’âme !<br />
<br />
<br />
<br />
 ***<br />
<br />
Il me semble parfois que je t’ai reconnue,<br />
Tant tu sembles pareille à mon Rêve immortel.<br />
Tu m’apparus jadis sur quelque antique autel,<br />
Où rayonnait Vénus éblouissante et nue.<br />
<br />
Des cieux doux et lointains d’où mon âme est venue<br />
Tu redescends ainsi qu’un astre fraternel,<br />
Fantôme radieux, souvenir éternel<br />
Des chères visions écloses sous la nue !<br />
<br />
Tu m’as rendu vivant le type radieux<br />
De la femme pareille à l’image des Dieux,<br />
Et que doit adorer quiconque ne blasphème.<br />
<br />
Mon premier idéal s’incarne en ta Beauté.<br />
Dès longtemps j’ai connu ta grâce et ta fierté.<br />
Et, depuis que j’aimais, c’est Toi seule que j’aime !<br />
<br />
                      ***<br />
<br />
Il n’est de jours heureux que ceux où je te vois.<br />
Tous les autres pourraient s’effacer de ma vie,<br />
Sans que d’un seul regret leur lenteur fût suivie<br />
Vivre c’est te revoir ! C’est entendre la voix !<br />
<br />
C’est respirer, plus doux que le souffle des bois,<br />
Le souffle de ta lèvre où mon âme est ravie ;<br />
C’est mourir lentement sous l’implacable envie<br />
De poser les pieds nus sur mon cœur aux abois.<br />
<br />
Tout le reste n’est plus que mensonge et fumée.<br />
L’univers se résume en Toi, ma bien-aimée.<br />
Ma terre est sur ta bouche et mon ciel dans tes yeux !<br />
En Toi seule commence et finit tout mon rêve.<br />
Ton regard me le rend ; ton sourire l’achève,<br />
Et, dans les bras, je sens en moi l’âme des Dieux !<br />
<br />
                      ***<br />
<br />
<br />
Je te revois enfant, — comme tu m’as conté, —<br />
A la fleur des pavots, comme des fleurs pareilles,<br />
Mêlant le rouge éclat de tes lèvres vermeilles,<br />
Brune dans l’or des blés qu’avait jaunis l’été.<br />
<br />
Je te revois enfant, dans la folle gaîté<br />
Des vendanges, buvant le sang tiède des treilles,<br />
Et puis, l’hiver venu, durant les longues veilles,<br />
Réveillant le foyer de ton rire argenté.<br />
<br />
Je recueille avec toi, comme des fleurs fanées,<br />
Les souvenirs charmants de tes jeunes années<br />
Et, dans mon cœur pieux, je les garde à mon tour.<br />
<br />
Plus loin que le présent remonte ma tendresse,<br />
Et j’envie au passé jusques à la caresse<br />
Dont t’entourait jadis le paternel amour.<br />
<br />
                      ***<br />
<br />
<br />
Tu ne sauras jamais de quelle amour profonde<br />
T’aime ce triste cœur que je croyais fermé,<br />
Trépassé que tes yeux divins ont ranimé,<br />
Rouvrant sur lui l’azur et la lumière blonde.<br />
<br />
Ta beauté comme une aube y fait surgir un monde<br />
Étincelant et clair, sous un ciel enflammé.<br />
Telle on dit que Vénus sur l’univers charmé<br />
Resplendit en sortant des bras amers de l’onde.<br />
<br />
Je me croyais heureux, ayant enfin dompté<br />
Le désir qui nous jette aux pieds de la beauté<br />
Et nous met dans le cœur la torture suprême.<br />
<br />
J’étais fou ! rien ne vaut cet immortel tourment<br />
Qui me vient de ton Être et cruel et charmant.<br />
Si je souffre pour toi qu’importe : du moins j’aime !<br />
<br />
                      ***<br />
<br />
<br />
Pourquoi m’avoir donné ce que tu m’as repris ?<br />
C'est d’un cœur moins léger et plus sûr de soi-même<br />
Qu’on devrait seulement dire ces mois : je t’aime !<br />
Les plus sacrés de tous à qui connaît leur prix.<br />
<br />
Qui les traite en ce monde avec un tel mépris<br />
Est infâme et qui ment, en les disant, blasphème.<br />
Pourquoi m’avoir donné cette ivresse suprême<br />
Pour l’arracher après de mon cœur trop épris ?<br />
Va ! je ne t’en veux pas. D’un bonheur éphémère<br />
Je porte le regret et la mémoire amère<br />
D’un cœur ferme et que rien ne peut faire ployer.<br />
<br />
Qu’importe qu’en saignant ma blessure se creuse !<br />
Je ne veux rien de toi que que te savoir heureuse<br />
Et ne demande rien au temps que d’oublier !<br />
<br />
                      ***<br />
<br />
<br />
Et comment serais-je rebelle<br />
A ses regrets, à ses serments ?<br />
Double secret de mes tourments :<br />
Je suis lâche autant qu’elle est belle !<br />
<br />
Mais ne crois pas, au moins, cruelle<br />
Que je ne sache que tu mens.<br />
O les misérables amants !<br />
Oh ! la trahison mutuelle !<br />
<br />
En te revenant, je le sais,<br />
Je cours à des maux insensés.<br />
Tu le veux ! j’obéis. Qu’importe !<br />
<br />
Puisqu’il faut à ton pied vainqueur,<br />
Pour le meurtrir encore, un cœur,<br />
Prends le mien, je te le rapporte !<br />
<br />
                      ***]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[À Thilda]]></title>
			<link>https://sonett-archiv.com/forum/showthread.php?tid=10155</link>
			<pubDate>Wed, 24 Nov 2010 10:37:23 +0000</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="https://sonett-archiv.com/forum/member.php?action=profile&uid=1">ZaunköniG</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">https://sonett-archiv.com/forum/showthread.php?tid=10155</guid>
			<description><![CDATA[À Thilda<br />
<br />
<br />
 <br />
QUAND, penché sur le bord de la vie éternelle,<br />
Gouffre que le néant emplit silencieux,<br />
Tristement vers l’azur indifférent des cieux,<br />
Pour la dernière fois se tendra ma prunelle,<br />
<br />
Comptant le peu de bien que la vie eut en elle<br />
Et les obscurs déclins de mes jours radieux,<br />
Je n’accuserai pas l’inclémence des cieux<br />
Et ne maudirai pas cette heure solennelle.<br />
<br />
Sans donner un regret aux choses d’ici-bas,<br />
Je dirai : Le sommeil vaut mieux que les combats,<br />
Et, mieux que dans un lit, dans la tombe on repose.<br />
<br />
Me rappelant pourtant la fleur qu’en vos cheveux,<br />
Madame, un soir d’été, je vis mourir, je veux<br />
Qu’on jette sur mon corps une feuille de rose.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[À Thilda<br />
<br />
<br />
 <br />
QUAND, penché sur le bord de la vie éternelle,<br />
Gouffre que le néant emplit silencieux,<br />
Tristement vers l’azur indifférent des cieux,<br />
Pour la dernière fois se tendra ma prunelle,<br />
<br />
Comptant le peu de bien que la vie eut en elle<br />
Et les obscurs déclins de mes jours radieux,<br />
Je n’accuserai pas l’inclémence des cieux<br />
Et ne maudirai pas cette heure solennelle.<br />
<br />
Sans donner un regret aux choses d’ici-bas,<br />
Je dirai : Le sommeil vaut mieux que les combats,<br />
Et, mieux que dans un lit, dans la tombe on repose.<br />
<br />
Me rappelant pourtant la fleur qu’en vos cheveux,<br />
Madame, un soir d’été, je vis mourir, je veux<br />
Qu’on jette sur mon corps une feuille de rose.]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[Scepticisme]]></title>
			<link>https://sonett-archiv.com/forum/showthread.php?tid=10154</link>
			<pubDate>Wed, 24 Nov 2010 10:36:48 +0000</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="https://sonett-archiv.com/forum/member.php?action=profile&uid=1">ZaunköniG</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">https://sonett-archiv.com/forum/showthread.php?tid=10154</guid>
			<description><![CDATA[Scepticisme<br />
<br />
<br />
 <br />
À CHARLES CANIVET<br />
<br />
<br />
QUAND la mort nous fera roides et sans haleine,<br />
Squelettes tous les deux, l’un à l’autre pareils,<br />
Et que, pour d’autres yeux, le penchant des soleils<br />
Roulera des flots d’or sur la mouvante plaine ;<br />
<br />
A l’heure où le berger sous son manteau de laine<br />
Se dresse, morne et droit, sur les couchants vermeils,<br />
La Nuit, nous apportant de fugitifs réveils,<br />
Nous dira le secret dont la vie était pleine.<br />
<br />
Nous apprendrons enfin quel Dieu charmait nos pleurs,<br />
Et pourquoi, sous le faix d’inutiles douleurs,<br />
Chemine vers son but l’humaine créature.<br />
<br />
Mais jusque-là marchons et souffrons sans savoir<br />
Rien, sinon que l’Amour est l’unique devoir,<br />
Et, le front invaincu, chantons notre torture !]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[Scepticisme<br />
<br />
<br />
 <br />
À CHARLES CANIVET<br />
<br />
<br />
QUAND la mort nous fera roides et sans haleine,<br />
Squelettes tous les deux, l’un à l’autre pareils,<br />
Et que, pour d’autres yeux, le penchant des soleils<br />
Roulera des flots d’or sur la mouvante plaine ;<br />
<br />
A l’heure où le berger sous son manteau de laine<br />
Se dresse, morne et droit, sur les couchants vermeils,<br />
La Nuit, nous apportant de fugitifs réveils,<br />
Nous dira le secret dont la vie était pleine.<br />
<br />
Nous apprendrons enfin quel Dieu charmait nos pleurs,<br />
Et pourquoi, sous le faix d’inutiles douleurs,<br />
Chemine vers son but l’humaine créature.<br />
<br />
Mais jusque-là marchons et souffrons sans savoir<br />
Rien, sinon que l’Amour est l’unique devoir,<br />
Et, le front invaincu, chantons notre torture !]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[À un poète]]></title>
			<link>https://sonett-archiv.com/forum/showthread.php?tid=10153</link>
			<pubDate>Wed, 24 Nov 2010 10:36:11 +0000</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="https://sonett-archiv.com/forum/member.php?action=profile&uid=1">ZaunköniG</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">https://sonett-archiv.com/forum/showthread.php?tid=10153</guid>
			<description><![CDATA[À un poète<br />
<br />
<br />
<br />
 <br />
QUAND la pairie était comme l’herbe fauchée<br />
Sous les pieds et la dent féroce du vainqueur.<br />
Poète, j’ai pleuré du profond de mon cœur<br />
Et sa splendeur éteinte et sa gloire couchée.<br />
<br />
Devant les morts sacrés dont elle était jonchée,<br />
J’ai dit mon désespoir, ma haine, ma rancœur<br />
Et j’ai mêlé ma voix au lamentable chœur<br />
Dont la pitié s’était vers sa douleur penchée.<br />
<br />
Mais aujourd’hui la France a reconquis son rang<br />
Et lavé sa blessure auguste dans son sang :<br />
Ses fils debout sont prêts à défendre leur mère.<br />
<br />
En attendant ce jour cher au cœurs valeureux,<br />
Poète, laisse-moi comme en des temps heureux,<br />
Chanter encor l’amour et sa douceur amère !]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[À un poète<br />
<br />
<br />
<br />
 <br />
QUAND la pairie était comme l’herbe fauchée<br />
Sous les pieds et la dent féroce du vainqueur.<br />
Poète, j’ai pleuré du profond de mon cœur<br />
Et sa splendeur éteinte et sa gloire couchée.<br />
<br />
Devant les morts sacrés dont elle était jonchée,<br />
J’ai dit mon désespoir, ma haine, ma rancœur<br />
Et j’ai mêlé ma voix au lamentable chœur<br />
Dont la pitié s’était vers sa douleur penchée.<br />
<br />
Mais aujourd’hui la France a reconquis son rang<br />
Et lavé sa blessure auguste dans son sang :<br />
Ses fils debout sont prêts à défendre leur mère.<br />
<br />
En attendant ce jour cher au cœurs valeureux,<br />
Poète, laisse-moi comme en des temps heureux,<br />
Chanter encor l’amour et sa douceur amère !]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[AYANT écrit ces vers ainsi qu’un testament]]></title>
			<link>https://sonett-archiv.com/forum/showthread.php?tid=10152</link>
			<pubDate>Wed, 24 Nov 2010 10:30:29 +0000</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="https://sonett-archiv.com/forum/member.php?action=profile&uid=1">ZaunköniG</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">https://sonett-archiv.com/forum/showthread.php?tid=10152</guid>
			<description><![CDATA[AYANT écrit ces vers ainsi qu’un testament<br />
Où du peu que je fus quelque chose demeure,<br />
Il n’importe aujourd’hui que je vive ou je meure,<br />
Pourvu qu’ils aient conté mon immortel tourment !<br />
<br />
Pourvu qu’ils aient charmé, ne fût-ce qu’un moment,<br />
Fugitifs et lointains comme une voix qui pleure,<br />
Celle dont je serai, jusqu’à la dernière heure,<br />
Le triste, le fidèle et l’inutile amant !<br />
<br />
Donc, si quelqu’un me dit parjure à la pensée<br />
Du meilleur de mon sang dans ces lignes tracée,<br />
Sois là pour me défendre et pour le châtier,<br />
<br />
Livre ! Car c’est à toi que ma fierté les fie,<br />
Ces témoins de l’orgueil douloureux de ma vie :<br />
— Étant tout mon amour, ils sont moi tout entier !]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[AYANT écrit ces vers ainsi qu’un testament<br />
Où du peu que je fus quelque chose demeure,<br />
Il n’importe aujourd’hui que je vive ou je meure,<br />
Pourvu qu’ils aient conté mon immortel tourment !<br />
<br />
Pourvu qu’ils aient charmé, ne fût-ce qu’un moment,<br />
Fugitifs et lointains comme une voix qui pleure,<br />
Celle dont je serai, jusqu’à la dernière heure,<br />
Le triste, le fidèle et l’inutile amant !<br />
<br />
Donc, si quelqu’un me dit parjure à la pensée<br />
Du meilleur de mon sang dans ces lignes tracée,<br />
Sois là pour me défendre et pour le châtier,<br />
<br />
Livre ! Car c’est à toi que ma fierté les fie,<br />
Ces témoins de l’orgueil douloureux de ma vie :<br />
— Étant tout mon amour, ils sont moi tout entier !]]></content:encoded>
		</item>
	</channel>
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